Ainsi donc, certains films aiment encore le cinéma…
Aux origines de la vengeance et de ses conséquences : une terre agricole aride, une communauté coupée du monde, le sang qui coule et déclenche la venue de la Bête.
Moi, c’est exactement ce que j’aime dans un film de genre : un budget minuscule compensé par du cœur, de la sincérité et une vraie créativité.
Oui, il y a des imperfections, des plans un peu trop “tableaux”, mais pour un premier film c’est bluffant : narration personnelle au service d’une atmosphère unique, montage intelligent, acteurs justes. Les thèmes – la communauté, le grégaire qui efface l’individu, l’abus d’autorité patriarcale, la religion aveugle – sont traités sans lourdeur et donnent une vraie densité.
Le parcours du personnage principal féminin est admirable : sa détermination, son refus de pardonner sans justice reflètent un film qui préfère garder son intégrité que céder à des facilités.
Les personnages secondaires ne sont jamais de simples silhouettes : chacun existe, sert l’histoire, et renforce l’immersion. On sent l’influence d’Ordet de Dreyer… mais ici, c’est comme si Dreyer avait plongé dans les racines du paganisme plutôt que de croire en Dieu.
Une folk horror bien moins démonstrative que The Witch (que j’adore) et à mille lieues de Midsommar (que je n’aime pas, flagellez-moi si vous voulez). Pas de frisson facile ni d’effet tape-à-l’œil : tout repose sur l’ambiance, les personnages et la foi du film en sa propre histoire.
Ça ne plaira pas à tout le monde, mais pour ceux qui s’y abandonnent, c’est une œuvre sans cynisme qui rappelle qu’une bonne histoire, bien racontée, reste la plus grande force du cinéma.