Vous avez mal aux genoux quand vous montez trop vite les escaliers ? Du haut de leur 71 et 67 ans respectifs, Jackie Chan et Tony Leung Ka Fai vont vous rendre fou de jalousie. Pour ces deux anciens du cinéma chinois d'action, un "retourné-arrière" au-dessus d'un canapé, un rouler-bouler à 100km/h sur une table large de 40cm, une bagarre où les rotules montent plus haut que le front....c'est une formalité. Gardez votre Stannah, Papy Chan est dans la place. Dans cette histoire de traque de cyber-gangsters qui implique l'abandon des nouvelles technologies chinoises (puisque les méchants se servent de l'IA de la police à leur avantage) et le retour du bon vieux flic "qui a de l'instinct, et surtout une bonne allonge de baffes", il est impossible de ne pas voir le lien "méta" émouvant que le film fait avec son rejet des cascades en numérique au profit de vrais cascadeurs en chair et en os. Et le plaisir se ressent viscéralement, les papys se régalent à chaque scène, et les "jeunes" sont également bluffants (ils marchent sur les murs, et câbles ou pas, on y croit). De notre côté, on suit cette traque menée tambour battant (surtout, n'allez pas aux WC), mais aussi la sous-intrigue triste de la petite fille du flashback du début qui hante le héros (on a cru que
c'était la fille pupille de son partenaire décédé sur cette mission, mais en réalité c'était une petite fille lambda, qui a vraiment fini dans l'affreux trafic d'enfants...
On comprend que le flic ne s'en remette pas, la révélation nous a arraché le cœur), tout en détestant viscéralement le grand méchant (qui n'hésite pas à
buter sa propre famille, joue sur les failles mentales de ses victimes
, etc...) avec un Tony Leug Ka Fai excellent dans son rôle (on rêve de l'étrangler). Évidemment, le film n'évite pas les mauvais tics du cinéma d'action asiatique, à savoir un montage chaotique : le film est "sur-cuté" (il y a un plan à la seconde, ça va beaucoup trop vite), et met en simultané des scènes qui se tiennent dans des lieux / chronologies différentes (on s'est paumé une ou deux fois). Mais à part ça, la castagne est au rendez-vous (le passage à la laverie, notre préféré : Jackie Chan qui
latte la tronche à deux vilains jumeaux avec un étendoir à linge télescopique, dont les coups vont ultra-vite, et dont l'un des vilains termine dans la machine à laver, cycle "très très sale" on en est sûr...
Encore, encore, encore), l'histoire oscille joliment entre humour et tragédies, et le plaisir des vedettes est contagieux. Ils se sont quand même bien amochés sur le plateau, en témoignent les scènes ratées présentes au générique de fin, qui font rire en même temps qu'elles forcent au respect. Un peu comme l'ensemble de ce The Shadow's Edge, qui est assez touchant avec son message méta sur le retour à l'humain, au vrai, au sincère, pour offrir le meilleur au spectateur. C'est un retour inattendu à nos films d'enfance avec Jackie Chan, toujours aussi drôle et casse-cou, qui combat maintenant l'IA avec un étendoir à linge télescopique : que demande le peuple ?