Florian Zeller a il placé la barre un peu trop haut pour lui-même après le succès — amplement mérité— de The Father ? Le film porté par une écriture ciselée, une interprétation sublime et une utilisation du huis clos brillante a fait exploser les attentes du second film du dramaturge. The Son était-il alors voué à la déception ?
Il faut reconnaître en premier que le film n'est pas exempt de qualités, mais qu'il peine à atteindre la cheville de son prédécesseur. Déjà car le film passe un peu à compter de son sujet. Ainsi le fils, Nicholas, et un ado dont le mal-être profond semble incompris et surtout non-décelé par ses parents divorcés, entre une mère un peu aigrie qui a peur de lui et un père carriériste et absent très occupé par sa nouvelle famille. Mais là où The Father abordait la maladie frontalement et utilisait pour ça les possibilités du medium film, The Son passe la majorité de son temps non pas auprès du fils mais auprès du père, occultant par-là toute possibilité d'approfondissement, avec une réalisation trop lisse. Les acteurs sont pourtant très impliqués dans leur rôle, mais le fait de porter l'attention sur les atermoiements du père (qui sont souvent très égocentrés) plutôt que sur la psyché du fils nous laisse finalement une impression de grande froideur, où on n'arrive pas à développer de l'empathie.
Toujours en adaptation de pièces de théâtre le réalisateur pose intelligemment ses décors et ses lumières, et paradoxalement ce sont les plans de ces intérieurs vides de tout personnage qui sont les plus parlants, soulignant les thématiques de l'absence, de la vanité ou du nihilisme. Mais dès que les acteurs rentrent dans le cadre le réalisateur semble déjà plus pataud à les diriger. On peut ainsi citer la scène de danse ou l'exclusion de Nicholas du bonheur familial semblerait être un enjeu crucial à souligner mais devient caricatural par sa platitude de mise en scène et de jeu.
Florian Zeller laisse également passer beaucoup de facilités scénaristiques et on voit quand même tout arriver de très loin. Il convoque Anthony Hopkins pour bénéficier de son charisme, il parsème le film de flashbacks peu exploités et n'évite pas un fusil de Tchekhov sacrément grossier. C’est vraiment dommage que l’ambition du film et la volonté des acteurs soient plombés par un déroulé cousu de fil blanc, et un sujet finalement sous-traité par un mauvais focus.