Les rendez-vous avec le cinéma yéménite sont rares et c'est compréhensible, eu égard à la situation d'un pays ravagé par d'effroyables guerres intestines. L'on se souvient des Lueurs d'Aden, très beau, et c'est aujourd'hui The Station qui vient nous offrir une vision tout aussi passionnante, mais relativement différente dans son exécution. C'est de l'essence des femmes dans la situation actuelle dont nous parle The Station et pas seulement parce que l'action se déroule pour la plus grande partie dans une station-service réservée aux femmes, laquelle se transforme en lieu de discussions et de solidarité, comme un abri protégé, au moins provisoirement, du tumulte et de la violence des hommes. Un peu statique, peut-être, dans sa première moitié, le film se renouvelle sous forme de suspense et de course contre-la-montre. La réalisatrice Sara Ishaq, dont c'est le premier long métrage et qui avait pour projet d'origine un documentaire, démontre un vrai savoir-faire dans la maîtrise d'une intrigue qui dévoile son grand humanisme et suscite une émotion véritable. Aux femmes yéménites, héroïnes sans jamais avoir eu l'intention de l'être, leur compatriote cinéaste rend un hommage vibrant, en montrant une fois encore, mais ce n'est jamais trop, que le chaos de la guerre impacte une société entière, y compris ceux ou celles qui ne rêvent de rien d'autre que de vivre enfin en paix.