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Elle en pire
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le 10 oct. 2024
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Coralie Fargeat signe avec The Substance un film de body horror qui, sous ses excès sanglants et grotesques, cache une réflexion philosophique vertigineuse. Le point de départ est simple : Elisabeth Sparkle (Demi Moore), star vieillissante d’une émission d’aérobic, se voit brutalement évincée le jour de ses 50 ans. Une mystérieuse substance lui permet de retrouver sa jeunesse en donnant naissance à un double rajeuni, Sue (Margaret Qualley). Mais ce qui devait être un partage équilibré – une semaine chacune – se transforme rapidement en lutte à mort entre deux corps censés n’être qu’« Une seule et même personne ».
Ce postulat m’a immédiatement ramené aux grands débats philosophiques sur l’identité. Au départ, le film semble cartésien : deux corps pour un même esprit, un prolongement de soi. Mais très vite, la mécanique se dérègle : Sue agit de plus en plus comme une personne autonome, avec sa propre conscience, ses désirs, sa mémoire sélective. Comme si chaque corps générait son propre esprit. C’est exactement ce qu’avance Spinoza : corps et esprit sont indissociables, deux attributs d’une même substance. Autrement dit, impossible de rester « une » dans deux corps différents.
C’est là que The Substance m’a frappé : en montrant qu’un corps neuf, désiré et valorisé, produit une conscience différente de celle du corps usé et rejeté. Elisabeth et Sue ne sont pas des doubles parfaits, elles deviennent des rivales parce que leurs corps vivent des affects distincts. L’une incarne la déchéance et le rejet, l’autre la reconnaissance et la gloire. L’esprit se fracture au contact du regard social.
Et ce regard est impitoyable. La phrase répétée par le vendeur-créateur – « You are one » – sonne comme une injonction impossible à tenir. Car ce que le film met à nu, c’est la cassure entre amour de soi et besoin d’approbation. Elisabeth ne s’aime plus, car la société ne la regarde plus. Sue, au contraire, triomphe en incarnant la jeunesse et la désirabilité. Mais cet équilibre ne peut pas durer : le capitalisme esthétique exige un corps vendable, quitte à détruire l’unité intérieure.
La mise en scène traduit cette logique de manière monstrueuse. Le corps d’Elisabeth se décompose, marqué par un index flétri, symbole de la cassure interne. Le climax, où l’hybride « Elisasue » arrose le public de son sang, m’a évoqué Carrie : la revanche d’un corps humilié qui se retourne contre ceux qui l’ont condamné. Une vision cauchemardesque d’un capitalisme cannibale qui fabrique des monstres et les ridiculise ensuite.
Au-delà de l’horreur, le film revisite des contes comme Blanche-Neige. Sue est la jeune princesse parfaite, Elisabeth la reine-sorcière poussée à la monstruosité parce qu’elle n’est plus « la plus belle ». Ce n’est pas sa méchanceté qui la rend monstrueuse, mais la cruauté d’un miroir social qui l’exclut.
Au final, The Substance m’apparaît comme une fable philosophique contemporaine. Elle expose la fragilité de notre cohésion interne dans une société où le corps devient marchandise. En cherchant à être aimé des autres, Elisabeth perd l’amour d’elle-même – et finit par perdre son identité. Le film nous renvoie cette question : comment rester un, indivisible, dans un monde qui nous pousse sans cesse à nous scinder ?
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le 22 août 2025
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