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Un regard biaisé sur la vanité moderne

The Substance, conte moderne revisité, héritage de nombreuses créations artistiques ne nous laisse pas indifférent avec sa bombe aux ingrédients exquis. Après la grande Julia Ducournau c'est un film qui a encore une fois divisés les critiques à Cannes (c'est bon signe). Ce film aurait pu avoir tous les paramètres pour me fasciner et même me ravir mais bien trop d'éléments m'ont laissée dubitative et perplexe.

L'univers spatio-temporelle du film que Coralie Fargeat a crée est original, on ne peut situer une époque en particulier même si de nombreux éléments nous rapprochent facilement de notre propre environnement contemporain. L'intérêt est du moins pertinent, on se fait vite emporter dans cette Californie transformée au coté de cette Demi Moore torturée par sa propre vanité et cette Margaret Qualley aveuglée par son amour-propre et son désir démesuré de gloire. La force des deux personnages concorde parfaitement avec leur manque total de discernement qui s'oppose mais qui est supposé être le même, on nous rappelle régulièrement, et aux personnages aussi : "you are one", la consigne même de la substance. Une image absurde nous rappelant que l'on ne peut faire la part des choses entre le corps et l'esprit. Le film est rythmé par l'évolution des personnages, qui sont au départ opposé, l'une triomphe et l'autre péri en dépit d'elle-même, domptés bien évidement par le fameux regard du "mal gaze", mais qui se retrouveront involontairement et littéralement liés les menant jusqu'à leur propre perte, résultat d'une obsession acharnée.

Alors ici nous avons de nombreuses idées qui auraient pu élever ce film né sous la bonne étoile de notre inventivité française, au rang du chef d'œuvre cinématographique mais la forme et la structure de ce projet reflètent un manque regrettable de subtilité qui pour ma part ne m'a pas laissée idemne.

Premièrement, au cours de ces 2h23 de visionnage, le film perd la route. On est directement confronté à un sentiment de dégout lorsque l'abominable Harvey, dans les toilettes, impose l'état d'esprit caricaturé du monde télévisuel : il nous pisse à la gueule et, surtout, à celle des femmes et de leur vanité. Il s'en suit donc une remise en question totale pour Elizabeth Sparkle, qui regarde longtemps son propre reflet, ses rides, mais c'est là que ça pose problème. Le film avance rapidement mais stagne au moment même où elle découvre la substance. Au moins 1h30 d'écran où l'on peut admirer sa nouvelle apparence, sa duplicité et son résultat de gloire mais ça n'avance pas. Rythmé tout de même par de petits agissements, la vie amoureuse de Sue, l'ennui de Sparkle, il faut vite aller rechercher les médicaments etc... c'est le même schéma encore et encore. Sans oublier les gros plans réguliers sur la peau et les formes de Sue, matière au centre même du film qui encore une fois revient bien trop facilement et souvent et c'est inutile. Petit à petit on se rend vite compte des défaillances de l'utilisation du produit, ses effets secondaires, les personnages de plus en plus ravagés et puis d'un coup tout explose. Par un déferment de grotesque, d'absurde, de gore qui étaient inutilement beaucoup trop longs on assiste à la destruction même du personnage transformé en un véritable personnage issues du surréalisme et en même temps d'un antagoniste Disney, et ça sonne faux. On a bien compris le message pas la peine d'en rajouter encore, le gore et la fureur des images et du son ne sont plus qu'une excuse pour clôturer tout le propos du film. c'est un manque totale de subtilité et une facilité plutôt naïve que de procéder ainsi, le fond en est complétement biaisé alors qu'il aurai pu tenir la route malgré tout. On avait déjà pu observer des scènes finales grotesques comme dans Carrie ou des fins à la monstruosité étonnante comme dans Mulholland Drive, mais à contrario de ces œuvres, The Substance ridiculise ces procédés que des réalisatrices comme Julia Ducournau ont subliment réussi avec beaucoup moins de budget.

C'est alors avec regret que The Substance m'a déçu malgré son potentiel immense mais il est toujours bon de voir des films réalisés par des Françaises, elle mérite tout le soutien de l'industrie cinématographique.


"Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, - A cette horrible infection, - Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, - Vous, mon ange et ma passion!" Baudelaire

adeleperier
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le 12 juin 2025

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adeleperier

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