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Elle en pire
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le 10 oct. 2024
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Ma note est plutôt généreuse. Le fond du film ne mérite pas plus que 4/10, tandis que la forme mérite 8/10, essentiellement grâce aux magnifiques effets spéciaux. Ma note devrait être de 6, mais je monte jusqu'à 7 pour le jusqu'au-boutisme dans l'horreur répugnante et cradingue qui m'a rappelé "Brain Dead".
Je ferai deux reproches au film. Ce qui me gêne le plus, c'est qu'on reste jusqu'au bout à la surface du personnage de Demi Moore. On n'aura jamais ne serait-ce qu'un aperçu de son moi intérieur. Elle est obsédée par son physique et rien d'autre. A se demander si elle a un cerveau. Elle passe son temps à s'inspecter dans le miroir. On ne la voit jamais avec des amis, s'occuper en dehors de son travail. Je n'ai pas vu de bouquins dans son appart. Si le propos de Fargeat est féministe, je n'ai pas compris ce qu'elle voulait nous dire avec cette femme dont la vie est vide dès qu'on lui retire son boulot. Elle est lourdée à cause d'un homme, mais elle peut exister en dehors de son travail et se cultiver. Toutes les femmes ne sont pas obsédées par leur apparence, loin de là. La préoccupation première d'un tas de femmes dans le monde, c'est d'arriver à survivre, à manger et à se soigner. Fargeat parle de femmes privilégiées qui n'ont pas d'autre inquiétude que leurs rides et de personnages sans... substance ^^. Du coup, j'ai ressenti peu d'empathie pour Elisabeth. Le message féministe ne fonctionne pas pour moi, car peu de femmes sont concernées et ont leur vie totalement dépendantes de leur jeunesse. Mais si on prend le film simplement comme une énorme satire sur l'obsession de quelques femmes (actrices) pour la jeunesse et la beauté, alors ça marche et c'est plutôt réjouissant.
Mon deuxième reproche, ce sont les références trop appuyées à d'autres films ou cinéastes. J'aime pas trop quand ça vire au catalogue. Ça me sort du film quand j'en repère une et j'ai tendance à guetter la suivante. C'est pas très bon pour l'immersion. Le film m'a surtout fait penser à Cendrillon, avec cette permutation qui s'opère tous les 7 jours - à minuit pour Cendrillon. Surtout que dans le conte d'origine, Cendrillon retourne plusieurs fois au bal du prince. Rien d'original, donc. Côté références cinématographiques, j'en ai vu trois aussi grosses qu'une paire de seins au milieu de la figure : Cronenberg, Yuzna et Aronofsky. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à "La Mouche" pour les transformations d'Elisabeth, à Society pour le monstre final gluant et à Requiem for a Dream pour l'obsession, les gros plans de visages déformés et le montage clipesque. Mais ça ne s'arrête pas là : il y a du Elephant Man dans la vieille Elisabeth qui précède le Monstro Elisasue, du Vertigo (?) dans un court extrait de la B.O. d'Hermann, du Shining (?) dans un long couloir orange, du Carrie dans le final sanguinolent et j'en passe... La réalisatrice semble heureuse de citer tout ce beau monde, mais est-ce vraiment pertinent et n'est-ce pas un peu trop lourd ? Je n'ai rien contre les références, mais je n'aime pas quand ça me sort du film et quand il y en a trop. Les références à Hitchcock chez De Palma ne m'ont jamais gênée, mais là si.
Je n'aime pas Requiem for a Dream, mais la réalisation nauséeuse et tape-à-l'oeil convient bien pour ce cauchemar obsessionnel qui tourne à la farce grand-guignolesque.
Passons à ce qui m'a plu et justifie mon 7/10. Les effets spéciaux sous forme de prothèses sont fabuleux, parmi les plus beaux que j'ai jamais vus. La référence aux monstres de Cronenberg et Yuzna est on ne plus appropriée dans cette déchéance physique totalement irréaliste.. Cendrillon ne se retrouve pas qu'en haillons et savates : elle se désagrège, pourrit, perd des morceaux et se liquéfie littéralement jusqu'à disparaître. L'abcès répugnant qui s'étend dans le dos d'Elisabeth est une référence directe à Requiem for a Dream. La vieille Elisabeth au crâne et au dos déformés ressemble beaucoup à Elephant Man, jusque dans sa respiration difficile. Le monstre final, horrible collage de morceaux de corps, est un hommage à Society. L'équipe responsable des effets spéciaux a fait un travail digne d'éloges. C'est principalement leur travail qui me pousse à attribuer une bonne note au film.
J'ai aussi beaucoup aimé les décors, surdimensionnés, froids ou agressifs (le fameux couloir orange) qui participent bien à l'atmosphère de cauchemar.
J'ai aimé le jusqu'au-boutisme de la réalisatrice, même si je me serais bien contentée du monstre final.
Le tsunami de sang n'apporte rien - contrairement à la boucherie sanglante à la fin de Brain Dead.
On sent un grand enthousiasme et un amour pour les films de genre et les effets spéciaux à l'ancienne qui font bien plaisir. Ça compense la lourdeur des références. Malgré un petit excès de zèle, le film reste donc une sacrée expérience globalement très plaisante.
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