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Vagues à l'âme
The Surfer ne sort pas de nulle part. Il provient d'une certaine tradition du cinéma australien, du côté de l'absurde, de l'excès et de l'horreur, née avec Réveil dans la terreur (1971) et qui s'est...
le 28 mars 2025
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Film vu dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives."
Film en lice pour la compétition longs métrages.
Il y a les films que je n'aime pas pour des raisons qui parfois relèvent de la mauvaise foi, il y a ceux que je n'aime pas parce qu'ils sont indigents à tous les niveaux, il y a ceux qui ne s'adressent pas à moi et il y a une catégorie plus rare qui est celle des films qui m'ont mit en colère et pour lesquels je voue à jamais une haine féroce !
Ce film rentre avec tambours et trompettes dans ce club très fermé qui regroupe en son sein "Le Loup de Wall Street" et "Breaking the Waves" .
Alors pour expliquer cela je vais devoir spoiler le film, alors de deux choses l'une, ou comme moi le spoiler vous vous en foutez et lisez ma désapprobation virulente soit allez voir ce film odieux et revenez ensuite constater si vous aussi vous avez le même problème majeur avec lui.
Je vais juste poser là une assertion : Ce film est un film néofasciste !
Je vais même avant de développer plus avant cette accusation lourde de sens, établir un point crucial qui est que je n'ai aucun problème apriori à apprécier un film dont le point de vue heurte ou va carrément à l'encontre de mes sensibilités. Un exemple concret : "Bac Nord" qui décrit une police courageuse manquant de moyens et dont les membres sont forcés de franchir les limites du cadre légale pour faire face aux hordes déshumanisées et sauvages des banlieues. Des idées avec lesquelles je suis en profond désaccord, mais un film qui est une réussite. Mais surtout un film qui ne fait pas mystère de son positionnement. Or "The Surfer" me ment et ça c'est ma limite !
Je vais tout de suite parler des points que je considère comme positifs, que j'accorde l'un à Nicolas Cage qui est au sommet de son jeu outrancier, je sais que beaucoup le critiquent mais ce mec a développé une façon de jouer unique, qui est au-delà du cabotinage et qui a su intéresser beaucoup de grands cinéastes et là il est vraiment bon dans l'exercice et même l'ensemble du casting est bon. Je souligne ensuite une mise en scène audacieuse, parfois démonstrative mais je peux tolérer ce trop plein permanent.
Allez, si vous êtes encore parmi mes lecteurs, la partie spoiler commence ici !
Un homme qui manifestement a réussi socialement veut partager avec son fils une séance de surf sur la plage où il a grandi et près de laquelle il envisage d'acquérir une maison, mais à peine mettent ils les pieds sur cette plage, qu'ils sont agressés pas un surfer du cru qui leur interdit l'accès. Ce spot est donc sous l'emprise d'un groupe pratiquant le tribalisme.
Pourquoi pas ? C'est un postulat de départ qui en vaut bien d'autres et qui laisse augurer d'une multitude de possibilités de traitements. On peut l'envisager comme un thriller horrifique où le crescendo des violences psychiques et physiques subies par notre pauvre bougre rappelleront les riches heures du cinéma de genre. On peut aller vers un truc de vigilante où au contraire après l'humiliation notre gus se révélerait être un ancien commando qui va détruire les mâchoires de ces insolents. On peut même envisager d'en faire une comédie noire.
Lorcan Finnegan qui décidemment joue avec ma mansuétude, son précédent film "The Nocebo Effect" que j'avais trouvé mauvais en tout et aussi détestable dans son message que les soupes populaires contenant du porc pour de facto exclure une certaine frange de la population, c'est dire. Donc notre terroriste du cinéma décide durant la quasi totalité de son œuvre de nous montrer un Nicolas Cage subissant les agressions de ce groupuscule jusqu'à en perdre la raison, finir quasiment à l'état de clochard fou.
Face à lui le groupe de surfers et en particulier la figure de son charismatique gourou idéologue nous sont décrits comme des adeptes de la violence comme unique mode de fonctionnement, une violence qui se pratique y compris sur les femmes. Des types qui pratiquent sur leur territoire les préceptes des pires nationalismes, exclusion systématique des étrangers, protection des frontières dans des proportions inouïes, nervis aux plus forts de leurs jeunesse n'hésitant pas à s'en prendre à plusieurs à un vieux sans abri, exacerbation de la virilité dans sa pire acception et j'en passe.
Des personnes infréquentables qui jusque là sont caractérisées comme les connards qu'ils sont et qui peuvent symboliser, d'une façon pas très subtile, tous les sympathisants réactionnaires, racistes, nationalistes qui polluent nos sociétés et cristallisent les tensions en multipliant les exactions. Des personnes infréquentables mais apparemment pas pour Lorcan et si cet énergumène ne m'avait pas fait croire durant tout son film qu'il était en conflit avec ces comportements et qu'effectivement notre empathie devait être destinée à leurs victimes, les exclus de leur fantasme de pureté, je pouvais être en désaccord avec son point de vue mais être néanmoins séduit par le film. Seulement il fait ce que je ne peux pas lui passer, ce qui me rend ce film abjecte et qui provoque ma colère, il me ment. Il me ment parce qu'à la fin il retourne les stigmates et les méchants deviennent tout à coup les exemples à suivre, l'homme incarné par Nicolas Cage finit par adhérer à leur pensée nauséabonde, il cède aux menaces, au chantage et s'intègre au groupe dont désormais il partage l'idéal néofasciste.
Et quand dans un ultime doigt d'honneur à son public qu'il a trompé il décide de faire tuer ces types par le clochard qu'ils ont maltraités depuis des années c'est pour nous dire qu'ils avaient raison d'agir de la sorte, car voyez la violence contre laquelle ils protégeaient la communauté, la nation, la race supérieure … VA TE FAIRE ENCULER FILM !
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Créée
le 9 mai 2025
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7
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