Lors du premier acte de « The Wedding Banquet » il y a de quoi avoir peur. Les clichés queer s’amoncellent plus vite qu’on a le temps de l’écrire et on a l’impression que le long-métrage va prendre le chemin non pas du film LGBT engagé, militant et nécessaire mais de son ombre cachée et méprisante : la version woke poussée à l’extrême et donc forcément déplaisante pour une partie du public. De la même manière, on a la désagréable impression que le film va sombrer dans la comédie potache à la limite du lourd et du vulgaire. Fort heureusement, ce ne sera pas le cas, le long-métrage va vite se mettre sur des rails plus délicats et moins caricaturaux et surtout déconstruire nos ressentis premiers.
Il faut néanmoins préciser qu’on est dans un film de niche double. D’abord celle de la communauté LGBT puisque tous les personnages en font partie ou presque mais sans que cela puisse empêcher sa vision par d’autres. « The Wedding Banquet » fait également partie de celle des immigrants asiatiques, tous les protagonistes hormis Lily Gladstone (découverte dans « Killers of the Flower Moon ») en faisant partie. C’est moins courant dans les pays francophones mais les américains sont communs de ce type de productions qui visent des publics ciblés comme le prouvent certains cartons de comédies essentiellement à destination du public afro-américain comme la saga des « Madea » (déjà plus de dix films) qui n’est sortie en salles nulle part ailleurs. Ou, pour demeurer dans les films à destination du public asiatique, souvenons-nous du carton de « Crazy Rich Asians » avant le Covid.
Ceci mis de côté et une fois les prémisses passées, « The Wedding Banquet » s’avère agréable et d’une finesse de trait assez exemplaire. On sourit beaucoup devant les atermoiements de ces deux couples, l’un de femmes et l’autre d’hommes. Leur volonté d’avoir un enfant pour le premier et de pouvoir rester légalement aux États-Unis pour le second ainsi que leurs manigances et atermoiements pour arriver à leurs fins entraînent quelques quiproquos amusants et deux ou trois séquences vraiment drôles. En outre, la mise en scène est au diapason de l’ensemble du film, discrète mais adaptée et esthétique.
On apprécie que les personnages soient bien écrits et attachants. Tous ont une sensibilité propre et un profil intéressant et bien caractérisé. De plus, « The Wedding Banquet » s’efforce de rester un film crédible avec des questionnements réalistes et contemporains. Bien sûr, l’ouverture d’esprit est de mise mais c’est montré avec tellement de soin et d’empathie que le message passe simplement, avec une finesse incontestable. Sans être un grand film, ce petit film entre chronique amoureuse et comédie dramatique nous emporte et nous charme; le parfait petit bonbon parfois un peu amer à regarder un après-midi pluvieux sous la couette.
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