Darren Aronofsky est un cinéaste du jusqu'au-boutisme si prononcé qu'il serait possible que ce dernier pense presque naïvement que son utilisation constante suffit à faire oublier la misère émotionnelle de ses films. Bien que cela se couplait bien à l'histoire de Black Swan, The Whale tombe à son tour dans les pires travers du style cinématographique de son cinéaste, ce qui - après Mother! il y a 6 ans - en fait un retour des plus anecdotiques avec un film qui n'a que pour seul argument d'existence le retour médiatisé de Brendan Fraser. Taillé sur-mesure pour les Oscars, mélodrame larmoyant qui n'a rien d'intimiste ni de sincère, The Whale est bien la preuve ultime qu'il faut arrêter (et par pitié) les adaptations de pièces de théâtre au cinéma.


À l'image de Florian Zeller avec son pathétique The Son, Aronofsky ne parvient jamais à éviter les pièges de l'exercice du théâtre filmé ; les dialogues absurdes et bien trop bavards ainsi que les va-et-vient ridicules des personnages surplombent un récit qui - malgré ses bonne idées - est déjà bien trop ennuyeux et répétitif, ce qui est d'autant plus risible lorsque ce dernier ne semble même pas capable de jouer avec l'aspect huis-clos et claustrophobique de son décor unique. Une fois la pièce de vie présentée par de pauvres champs-contre-champs et panoramiques, le cinéaste confronte le gigantisme de son protagoniste à la petitesse de son appartement avec la finesse d'un tractopelle et une malsanité superficielle infernale.


La seule véritable force de The Whale ne réside finalement que dans la très bonne performance de Bredan Fraser où le film semble presque assumer de se reposer uniquement sur sa star afin de porter l'intensité dramatique de son récit. Son parcours chaotique et tragique couplé à sa personnalité naïve et douce le rendent touchant certes, mais posent plusieurs problèmes :

  • Face à la direction d'acteurs tout bonnement catastrophique, l'acteur ne peut même pas compter sur une certaine solidité du casting secondaire. Entre personnages cruels et caricaturaux, la subtilité est absente et l'émotion ne parvient jamais à prendre vie.
  • Le drame psychologique veut prendre le pas sur la démonstration technique mais face au retrait évident du cinéaste face à son propre film, l'inventivité formelle est proche de l'inexistant.

Accroché à l'atypisme et la détresse de son protagoniste, Aronofsky ne fait que dérouler une forme de complaisance dans la représentation du glauque, du crasseux et la représentation (hypocrite) du martyr afin de plaider fièrement "qu'il y a un petit cœur sous le tas de graisse".

Luca-hiersDuCinema
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le 11 mai 2023

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