Pas encore totalement connaisseur de la filmographie de Darren Aronofsky, The Whale faisait partie de ma liste de films à voir depuis des lustres. Mais je n’arrivais pas à me lancer… Comment un film tire-larmes sur un type en situation d’obésité morbide pourrait être intéressant ? Et qui plus est, mon souvenir douloureux à chaque (rare) visionnage de Requiem for a Dream me laissait présager un sale moment… Intense, sale, qui chamboule et surtout épuise.
Puis… Wow. Tout simplement wow. Ce huit-clos est tout simplement saisissant, de par son intrigue certes simple, au pitch se résumant à une ligne à peine mais néanmoins pleine de révélations dans la terrible vie de Charlie.
La performance de Brendan Fraser y est pour beaucoup. Lorsque l’on fait le parallèle avec sa propre vie, on ne peut que se plonger avec une incommensurable tristesse au fond de son regard et de l’incroyable panel d’émotions qu’il parvient à faire passer… Au passage, le travail de prothèses sur Fraser est hallucinant de réalisme.
Je dois avouer que gamin, j’admirais Fraser pour Rick O’Connell dans le fantastique La Momie, et je n’ai pu m’empêcher de repenser à ce personnage qui avait fait de lui un acteur badass, beau gosse, intouchable et héroïque. Cette retrouvaille fut assez brutale pour moi. Je ne peux que comprendre les 6 minutes de standing ovation. A ce niveau là, on ne salue pas qu’une interprétation, on salue aussi le retour à la lumière d’un acteur ayant traversé la pire chose pour ce métier ingrat ; l’oubli par l’injustice.
Côté mise en scène, c’est réussi. Ce qui m’a le plus plu n’est pas forcément la sensation d’enfermement (format 4:3, lumières sombres, plans serrés, personnages se marchant presque dessus constamment ou visioconférences - enfermement dans un carré encore une fois), mais plus la sensation d’humidité. Cette pluie régulière mêlée à la sudation intense de Charlie est une invitation à deviner une odeur moite, lourde, le sentiment d’être sous de fades tropiques ou au cœur d’une mousson brûlante. Tout ce que tu imagines toucher est gras, glissant, suintant…
Les personnages, tous très bien campés, présentent certes quelques facilités d’écriture, mais ont chacun quelque chose à exprimer que l’on attend avec impatience, pour finir, à chaque fois, frustré de ne pas voir les choses s’arranger comme on l’aurait voulu. Pas de franche réconciliation, pas de pardon explicite, pas de joie.
Évoluant avec délicatesse dans un mode de vie qui n’a rien de délicat et des « proches » qui ne le sont pas, Charlie nous touche en profondeur et nous invite à nous pencher non pas sur la notion de rédemption, mais de dévotion. Chaque personnage est dévoué, à sa manière, à un ou plusieurs autres, et nous rappelle que même dans les tempêtes de la vie, on appartient toujours un peu aux autres (enfin, surtout ceux qu’on aime ou qu’on a aimés - aussi impardonnables furent les choses).
The Whale est un film magnifique, c’est pour moi un quasi sans-faute mais qui, attention, est aussi épuisant à regarder tant l’intensité des émotions de Fraser sont palpables.