Dans la Nouvelle-Angleterre du 17ème siècle, une famille de colons bigots est exilée à la suite d'un différent religieux. Ils s'installent à la limite des terres connues, en lisière d'une forêt sauvage, et vont avoir à faire à des forces surnaturelles...
Un peu comme chez Ari Aster, le travail de Robert Eggers fait partie du haut du panier de ce que le cinéma d'horreur nous a offert dans les années 2010. Loin des jump scares de pacotille, le réalisateur soigne sa forme, et mise sur l'ambiance pesante pour oppresser son spectateur.
Outre les éclairages naturels ou à la bougie, et la reconstitution réussie (avec des acteurs qui parlent en vieil anglais), ce sont ici l'extrémisme religieux et les conditions difficiles des colons qui rendent cet environnement peu enviable. Le surnaturel ne parait être que la goutte d'eau, face à ces personnages qui doivent encaisser une moral rigide culpabilisante. Le film tacle ainsi la bigoterie hypocrite et auto-destructrice.
On y décèle aussi une évocation du rapport homme/nature, l'Homme tentant à ses dépens de coloniser ou dompter la nature avec ses propres règles, sans chercher à vouloir comprendre une sauvagerie qui a pourtant elle-aussi ses propres lois.
Sur la forme, les acteurs convaincants soutiennent la réalisation travaillée. Alors dans ses débuts au cinéma, Anya Taylor-Joy incarne le rôle troublant de cette sœur aînée qui en prend plein la figure, alors qu'elle est plus ou moins la seule à être droite dans ses bottes, jusqu'à un final singulier. On repère aussi Ralph Ineson, dont le visage dépité convient très bien à celui du père de famille austère enchaînant les mauvaises décisions.
Cependant, il faut bien avouer que le film est un peu longuet, et que Robert Eggers tente un équilibre pas évident, mêlant passages explicitement surnaturels, et horreur d'ambiance suggérée. Cela amène un peu de frustration, et démonte immédiatement la possibilité que les personnages soient tout simplement siphonnés, ce qui est un peu dommage.
Il corrigera cela dans son film suivant, "The Lighthouse", beaucoup plus complexe et réussi.