Je ne sais pas pour vous mais moi après ce film je ne sais pas si sabbat (ok j'arrête l'humour). Parce que je ne sais pas ce que je viens de voir. The witch est de plusieurs points de vue un film assez étrange. Sa structure narrative, bien qu'assez classique, est présentée sous un jour assez novateur.
Mais reprenons l'histoire en y enlevant tous les aspects particuliers. Qu'est ce que le film raconte ? Un groupe de personnes vivant en dehors d'une communauté depuis peu et qui se voit confronté à une puissance supérieure qui est peut être intestine au groupe. C'est un scénario de films à suspens assez classique (Coucou the Thing). Mais le traitement qui en fait est tout particulier. Une ironie dramatique nous fait comprendre qu'il n'y a vraisemblablement aucun traître au sein de cette jolie famille. Mais en revanche que tout y est réuni pour y accueillir le diable.
La religion est véritablement le point centrale de l'intrigue, une opposition constante du mal et du bien. Chacun des membres de la famille est coupable de péchés les tirant vers le diable. Orgueil, colère et luxure tout est présent pour orienter le spectateur. Les quelques plans à la première personne nous explicite bien les sentiments des personnages. Cette forte présence religieuse permet de marier à merveille film d'époque et film d'horreur sans tomber dans le film très orienté religieux ou au contraire le film anti-chrétien. Ceci est une prouesse par ailleurs : arriver à avoir autant de dialogues religieux sans message à caractère religieux, est une très grande réussite. Dans ce film il n'y a aucune intervention céleste bien que l'on est la preuve de l'existence du "malin" en revanche dès que l'on se laisse aller à un péché on subit la puissance du diable. C'est là que l'on se pose dans le véritable film d'époque. Lorsque l'on pèche on appartient à Diable tant que l'on est pas lavé du péché (à l'époque). Bravo d'avoir su intégrer cela à l'intrigue.
D'un point de vue réalisation on a de réelles intentions. J'ai déjà parlé des plans à la première personne. Mais on a une caméra qui est le reflet du film, de son rythme et de son contexte. Des plans posés à l'esthétique parfaite. Une composition du cadre qui joue sur les couleurs, ou plutôt sur les nuances de couleurs froides. La lumière est très importante et est employée de façon à toujours suivre la religion (quand je vous dis que c'est le point central) des lumières venant de haut ou du centre du cadre. On a ainsi un film placé sous la bienveillance tandis que le mal révélé apparaît dans les bords du cadre, très souvent vides ou obscurs je pense notamment à la scène avec Philippe Le Noir et Thomassin.
Un vrai plus du film et que certains peuvent considérés comme un défaut est que nous n'avons pas un film d'horreur dans la norme. C'est-à-dire que nous n'avons pas de jump scare (ou un seul à la rigueur). Non la peur et le sentiment de malaise sont distillés tout au long du film. On vit le malheur de cette famille en même temps qu'eux. On attend le prochain malheur avec autant d'apréhension que les survivants voire plus car nous avons plus d'information qu'eux. Et nous sommes en tension pendant tout le film, j'en prends pour preuve l'attitude de ma voisine.
Pour finir j'aimerai expliquer pourquoi le personnage de Thomassin me fait plaisir dans le cinéma d'horreur. Les personnages féminins sont souvent cantonnés à de stupides archétypes dans le cinéma de genre. On a au choix le garçon manqué (joué une fois sur une, à peu près, par Michel Rodriguez) ou la conne blonde à forte poitrine qui se contente de se faire tuer sous la douche et de préférence en plan américain de face pour que les prépubères soient heureux d'avoir payé leur billet (Ce dont Scream c'était allegrement moqué d'ailleurs). Thomassin est une jeune fille complexe, intelligente et suffisamment bien écrit pour que l'on arrive à douter d'elle malgré ce que l'on sait. Les dialogues lui rendent un vrai hommage et lui permettent d'exprimer tout son potentiel. On n'échappe (malheureusement) pas à la scène de nue mais qui à au moins pour elle de ne pas être que du soft porn pour les jeunes mais qui a une symbolique.
Je veux voir plus souvent des The Witch au cinéma, ces films me font reprendre confiance dans le cinéma de genre.