Pour ceux qui ont vu Thunder Road et son univers décalé, on est en terrain connu par la reprise d'un personnage en marge de sa vie et de son univers professionnel. Toujours loser et toujours flic à la communication vacillante, mais toujours plein de bonne volonté, John aimerait être le nouveau Shérif de la petite ville de Snow Hollow.
Des meurtres sanglants les soirs de pleine lune, vont le pousser à prouver à toute l'équipe qu'un loup garou ne peut pas exister et ne peut être qu'un être humain. Même si les victimes sont déchirées par des griffes et que les multiples pistes confirment la présence de l'animal, John ne s'en laisse pas compter et va tenter d'enquêter avec plus ou moins de réussite à la grande inquiétude de son équipe, toujours bienveillante et de son père, Shérif en place.
Lieu perdu mais idyllique où la station de ski amène de nombreux touristes, l'accent est mis sur les espaces isolées, sources de tous les dangers, où les victimes s'arrêtant toujours en pleine nuit, le soir de pleine lune, se dirigeant immanquablement vers des bruits suspects, finiront par fuir à découvert.
Jim Cummings ne lésine pas sur quelques scènes violentes et d'autant surprenantes que la survie des victimes, quelles qu'elles soient, n'a pas sa place. Jouant sur le folklore et notre attente de l'intrigue fantastique, l'univers du loup garou est toujours jouissif et l'animal impressionnant par ses courtes apparitions. Avec un parfait mélange de répliques objectives qui ne souffrent pas la répartie, mais en complet décalage avec l'intrigue, et celles percutantes et jubilatoires, Cummings détourne les codes du thriller horrifique et réussit là où son premier film faisait office de démarrage. Si Thunder Road peinait à rendre l'humour et se vautrait parfois dans ses longueurs, jouant dela technique du sketch, The Wolf of Snow Hollow fait figure de cinéma et de maîtrise par un montage dynamique, une photographie particulièrement réussie aux teintes sombres et ternes, des effets limités mais bien rendus et des décors neigeux toujours du meilleur effet. Intégrant plusieurs personnages inquiétants et bousculant sa chronologie, le ton tragi-comique prend tout son sens et rend un suspense réussi. La revisite du mythe ancré dans l'époque tend vers la triste réalité des violences faites aux femmes, et croise la gestion de la violence avec celle de son propre personnage de flic dépassé par sa colère, en lutte contre ses propres démons, adepte des solutions radicales et des shoot en pleine tête pour clore ses enquêtes.
Des jeux d'acteurs au diapason, Cummings en particulier tout en subtilité pour son personnage excessif, bien plus sobre ici. On est loin de la simple performance de Thunder Road mais l'acteur reste excellent dans sa gestion des émotions. En y apportant des ruptures de tons qui adoucissent l'ensemble par la relation père fils, on aura le plaisir de retrouver Robert Forster dans son dernier rôle et qui nous avait tant séduit dans Jackie Brown. On remarque la parfaite Riki Lindhome, rappelant immanquablement au stoïcisme du personnage de Fargo, ainsi que certains collègues attachants, et qui ne brillent pas tous par leur volonté de travail, pour un soupçon de l'univers des frères Cohen.
Avec un budget encore limité et une durée appréciable de moins de 1h30, un acteur réalisateur qu'il faudra certainement suivre.