Suite au désastre commercial de The Fountain, Darren Aronofsky a malheureusement du mal à épanouir son imagination cinématographique. De plus, son couple formé depuis 2001 avec la comédienne Rachel Weisz commence sérieusement à battre de l'aile. Nous sommes en fin d'année 2007 lorsque le scénariste Robert D. Siegel confie au réalisateur le magnifique script de The Wrestler qu'il vient à peine d'achever suite à une idée du cinéaste. À sa lecture, Aronofsky sait pertinemment qu'il souhaite le mettre en scène et va néanmoins se retrouver face à un dilemme. Nicolas Cage, ami de Siegel et raide dingue amoureux du scénario, souhaite éperdument incarner le rôle principal. Un personnage dans lequel Aronofsky n'imagine absolument pas le célèbre comédien. Le cinéaste pense immédiatement à Mickey Rourke, acteur totalement ravagé, autant physiquement que psychologiquement, par ses excès avec la drogue, l'alcool et les longues années de combats de boxe qui ne lui ont jamais permis d'atteindre son rêve ultime : devenir un sportif professionnel. Rourke s'est néanmoins vu "sauvé" par Robert Rodriguez en 2005 lorsque le cinéaste lui offre l'un des rôles principaux de Sin City. Sa carrière en tant que comédien redémarre à ce moment-là.
Suite à une sérieuse discussion entre Cage et Aronofsky, le premier comprend la vision du cinéaste et laisse le rôle vacant à Rourke qui offrira ici la plus belle prestation de toute sa carrière. À ses yeux, le catcheur Randy "The Ram" Robinson n'est autre que lui-même. Il comprend parfaitement la violence intérieure de ce personnage, sa vie, sa fuite en avant et sa désastreuse relation avec sa fille. Fasciné par le script, Rourke se glisse parfaitement dans la peau de ce catcheur sous l'égide d'Aronofsky.
À la fin des années 1980, Randy Robinson, dit The Ram, était une star du catch. Vingt ans plus tard, il ne se produit plus que dans les salles de gym de lycées ou des maisons de quartier. Brouillé avec sa fille, Stephanie (géniale Evan Rachel Wood), il est incapable d'entretenir une relation durable avec quiconque et ne vit que pour le plaisir du spectacle et l'adoration de ses fans. Mais lorsqu'il est foudroyé par une crise cardiaque suite à un match, son médecin lui ordonne d'abandonner le catch car un nouveau combat pourrait lui être fatal. Contraint de se ranger, il tente de renouer avec sa fille et, dans le même temps, essaie de séduire Pam (excellente et touchante Marisa Tomei), une strip-teaseuse quadragénaire…
Premier film de Darren Aronofsky tourné en scope, The Wrestler se monte avec les moyens du bord. 6 petits millions de $ sont investis par Protozoa Pictures, la maison de production du cinéaste. Si le film, à l'image de The Fountain, se voit également boudé par le public lors de sa sortie, l'homme sera totalement ruiné. The Wrestler reste donc son va-tout qu'il va développer avec passion.
Face au défi, Rourke souhaite pleinement s'investir. Désirant le célèbre Sweet Child O'Mine du groupe Guns N'Roses pour son entrée sur le ring (titre qu'il utilisait lui-même lors de son entrée en tant que boxeur), il reste fin prêt à considérablement baisser son salaire afin d'en acquérir les droits de diffusion qui, malheureusement, restent totalement hors de prix. Le comédien contacte alors Axl Rose, leader des Guns N'Roses, qui offrira gratuitement les droits de la célèbre chanson face à son admiration envers le travail d'Aronofsky.
Présenté en avant-première au 65e Festival international du film de Venise, The Wrestler remporte le Lion d'or, la plus haute distinction du plus ancien festival de cinéma au monde. Le film est ensuite salué par la critique, tandis que Mickey Rourke et sa partenaire, Marisa Tomei, ont été nommés aux Oscars, aux Golden Globes, aux SAG Awards et aux BAFTA pour leurs performances. Rourke a finalement remporté un Golden Globe, tout comme Bruce Springsteen pour sa chanson originale écrite pour le film. The Wrestler a rapporté 44 674 354 $ à travers le monde, ce qui en fait le film le plus rentable d'Aronofsky depuis le début de sa carrière.
Par la suite, le cinéaste a souligné dans une interview que ses scènes favorites restent celles où le personnage incarné par Ewan Rachel Wood reprend confiance en son père lors d'une promenade. L'instant où j'ai moi-même versé ma petite larme, touchée par le magistral jeu des deux comédiens. Ewan Rachel et Mickey sont ici tout bonnement formidables, attachants, sublimes… Bref, du très, très, très grand cinéma américain. Merci Darren ♡