Il n'est pas difficile, au regard de l'année de sortie du film, de deviner dans l'action volontaire du jeune premier ministre anglais William Pitt, et plus précisément dans son opposition à Napoléon, la résistance analogue de Churchill à Hitler.
Le film de Carol Reed est une œuvre patriotique en forme de rappel historique. Il invite bien évidemment le peuple anglais à faire front dans l'adversité et à empêcher coûte que coûte la victoire du nazisme. William Pitt apparait ici comme le sauveur de la Nation, un démocrate clairvoyant, intègre et déterminé qui, au plus fort du conflit avec Napoléon, et en dépit de son impopularité croissante, continue un combat nécessaire.
Carol Reed brosse le portrait d'un politicien de valeur dont le talent n'a pas seulement servi à épargner l'Europe de son temps du joug français mais aussi à réformer une classe politique britannique vieillissante et corrompue.
Cependant, l'évidence du propos limite un peu la portée historique, celle relative à l'époque de Pitt, que propose le film. Car les nombreuses scènes d'intérieur, au parlement anglais ou au 10 Downing Street, et qui par conséquent ne prédispose pas le film à une action spectaculaire, sacrifient à l'allégorie du devoir national les subtilités et la complexité de la politique européenne de ces années-là. Ce qui n'empêche pas Robert Donat de composer un William Pitt convaincant.