C'est un colosse qui se dresse sous l'échine de Paul Thomas Anderson avec There Will Be Blood (USA, 2007).
Ouvert sur la séquence d'un homme qui creuse un trou pour trouver du pétrole, le film procède à la mise en tombeau d'un être déchu. Cette longue procession sous forme de gigantisme n'est pas tant le produit des images que celui des sons. La musique de Jonny Greenwood, dupliquant parfois celle de 2001 : A space odyssey, fait le marbre dans lequel le film est excellemment sculpté. Mais le titan n'a pour se caler au sol que des pieds d'argile. Derrière le rocher du film se cache un désert. Réussissant dans ses entreprises de forage de pétrole, Daniel Plainview se lance à la quête de nouveau terrain pour agrandir son prestige. Au fil de cette chasse à la puissance, l'homme accomplit la perte de son âme, sa désincarnation. Appuyé par un léger cabotinage de Daniel Day Lewis, le personnage de Plainview est le sujet d'un monde qui abolie les valeurs spirituelles pour leur préférer celles de l'ambition.
Le péché d'orgueil, accompli à plein feu, annihile la notion même de péché. La destruction apocalyptique des coeurs, à l'instar de celle de Plainview, donne à voir des séquences monstrueuses. Anderson fait de la scène où un puits de forage s'embrase, comme une tour de Babel agonisant, un instant prophétique. Là encore sans la musique de Greenwood, les événements seraient bien plats. À l'odyssée que nous promettent les références sonores, il n'y a qu'un voyage, un trip dans ses deux sens. Au sens anglophone, le film est un voyage dans les coeurs et dans les années de l'Amérique. Au sens argotique, le film est aussi un trip, une petite dose d'hallucination dont Anderson semble conscient en dirigeant ainsi le jeu déliré de Day Lewis. Sans être une pierre blanche dans le cinéma américain, le film apporte un peu plus à l’édifice mortuaire qu’Hollywood semble façonner au nom du cinéma classique, à l’heure où cavale la révolution du numérique.