Au collège Les Ulis vers lequel une femme a fait, sinon un beau voyage, du moins une visite importante, il est défendu, comme c’est écrit, de marcher sur les pelouses mais pas sur les traces de son passé.
En parlant de visite, en anglais on dit « pay a visit » et quand la sienne est finie, comme au guide après celle d’un château ou d’un monument historique, elle remet un billet au gardien qui balaie les feuilles mortes comme les souvenirs et les regrets dans une certaine chanson.
En parlant d’interdit, c’est justement de ça que le film…parle, en mille neuf soixante-huit après Jésus-Christ, avec dedans une scène de masturbation, sans doute celle de la découverte du plaisir sexuel pour la narratrice, une scène qui est très forte en raison de la manière à la fois discrète et expressive dont elle est traitée par la caméra.
La visiteuse, à en juger par ses habits et sa voiture semble avoir fait ce qu’on appelle un « beau mariage » mais on ne saura rien de ce qu’elle a vécu depuis l’époque des souvenirs qui l’amène dans ce lieu, de même qu’elle-même sans doute ne saura rien de celle dont elle nous dit : « Je n’ai jamais revu Isabelle » de même que moi ne savais rien du réalisateur ni de l’actrice Essy Persson en regardant ce film, un film dont je ne sais pas non plus comment il a été distribué et reçu à sa sortie.
À son crédit, en tout cas, il est à mettre un jeu de champ et contrechamp, dont heureusement on n’abuse pas, entre la jeune fille de jadis et la femme d’aujourd’hui.
Et la scène où Thérèse apprend le départ d’Isabelle m’inspire l’idée qu’à l’appel quotidien que fait dans votre classe le professeur, « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Il ne vous reste alors qu’à repeupler ce manque avec les fantômes du passé.