La guerre nucléaire n’a jamais semblé aussi proche du réel.
En 1983, Le Jour d’après de Nicholas Meyer avait déjà marqué les esprits en montrant les conséquences d’une guerre nucléaire aux États-Unis. Un an plus tard, la BBC propose sa propre vision de l’apocalypse avec Threads. Mais cette fois, pas de Kansas ni de grandes déclarations dramatiques : direction Sheffield, en Angleterre, pour suivre des gens ordinaires dont la vie va progressivement s’effondrer.
Et le plus intéressant est que ce parallèle n’est absolument pas anodin.
Lorsque Mick Jackson prépare Threads, il apprend l’existence du projet américain. Il décide alors d’attendre sa diffusion avant de poursuivre le sien : si Le Jour d’après réussit à montrer honnêtement les conséquences d’une guerre nucléaire, inutile de faire un autre film sur le même sujet. Mais après avoir découvert le résultat, Jackson estime que le film américain ne va pas assez loin et décide de continuer.
Le contraste entre les deux œuvres est finalement assez révélateur. Le Jour d’après est un film américain sur une catastrophe nucléaire. Threads ressemble davantage à un documentaire britannique sur l’effondrement d’une société.
Et c’est terriblement efficace.
Mick Jackson, déjà auteur d’un documentaire de la BBC sur les conséquences d’une guerre nucléaire, A Guide to Armageddon (1982) cherche ici à être aussi réaliste que possible. Avec le scénariste Barry Hines, il s’intéresse moins aux responsables de la guerre qu’aux conséquences concrètes pour la population. Pas de héros, pas de militaires pour sauver la situation, pas de grande explication rassurante : simplement des familles ordinaires qui tentent de survivre.
Là où Le Jour d’après s’arrêtait relativement tôt, Threads s’attarde sur les années qui suivent. La faim, les radiations, les maladies, l’effondrement des infrastructures, la disparition des institutions et, progressivement, la dégradation de la société elle-même. Le film va jusqu’à imaginer ce que deviendrait l’humanité après plusieurs générations.
C’est beaucoup plus sombre. Et surtout beaucoup plus déprimant.
On pourrait presque reprocher au film d’en faire trop. Certaines scènes sont volontairement extrêmement dures et Threads semble parfois chercher à choquer son spectateur. Mais après réflexion, je pense que c’est précisément le propos. Le film ne veut pas rendre une guerre nucléaire spectaculaire : il veut nous faire comprendre qu’il n’y aurait rien de spectaculaire ou d’héroïque à survivre à une telle catastrophe.
Ce n’est d’ailleurs pas un film particulièrement plaisant à regarder. Mais je ne pense pas qu’il cherche à l’être.
Il y a quelque chose de profondément britannique dans cette approche : le réalisme social, l’absence de glamour, les personnages ordinaires et cette manière presque froide de montrer l’effondrement. Là où Le Jour d’après conserve une dimension de film catastrophe américain, Threads se rapproche davantage du documentaire. Les deux films racontent finalement une histoire assez similaire, mais avec deux sensibilités radicalement différentes.
Et c’est peut-être ce qui rend leur comparaison aussi intéressante. Le Jour d’après nous avertissait de ce qui pourrait arriver. Threads nous montre ce qu’il resterait après.
Plus de quarante ans plus tard, Threads reste donc une expérience particulièrement éprouvante. Pas un film que l’on regarde pour passer un bon moment, mais certainement un film qui marque durablement.
À voir au moins une fois. Mais vous êtes prévenus : vous ne passerez probablement pas un très bon moment.