"Tire-au-flanc- provient d'un vaudeville militaire tout à fait commun. Cependant, la délicatesse de Jean Renoir, qu'on retrouve dans tous ses films et qui le porte à n'être ni trivial ni malveillant, adoucit probablement beaucoup la farce. On ne trouvera pas ici de volonté de moquer ou de ridiculiser. Ainsi, les militaires, pas davantage que les bourgeois, ne subissent de mauvais traitements satiriques...
Le bonhomme colonel Brochard et le dénommé Dubois d'Ombelles, bourgeois un peu tendre confronté au service national en même temps que son valet, gardent leur dignité sans faire l'objet de plaisanteries faciles ou populistes. Au contraire, Renoir fait du nouvel incorporé une sorte d'étourdi poétique livré à la brutalité des hommes et des militaires en particulier. Comme si, au moment où Jean et son domestique Joseph franchissent le seuil de la caserne, Renoir voulait simplement opposer par leurs contrastes la vie de château paisible à l'existence querelleuse et facétieuse des chambrées.
Cela dit, en dehors de quelques scènes loufoques, inspirées du burlesque américain peut-être, et parce qu'on trouvera que certaines autres sont un peu trop sages ou trop longues, ce vaudeville de cinéma muet parait manquer tout autant de tempérament que d'intérêt. Michel Simon, dans le rôle très anecdotique du valet, montre sa physionomie plus que, déjà, un talent précis.