La confusion des genres peut germer dans l'esprit d'une enfant.
Laure, préadolescente, a conscience du fait qu'elle est un garçon manqué. Le fait qu'une camarade la prenne pour un garçon de prime abord, il y a de quoi vu son apparence androgyne, elle décide de franchir le pas en jouant à être un garçon. Elle va vite ce rendre compte que ce "jeu" a ses limites et engendre des réactions humaines primaires et déstabilisantes pour son jeune âge.
Une fois de plus, Céline Sciamma, filme avec brio la métamorphose et la confusion dans l'esprit d'une jeune fille. Après avoir filmé des gamines jouant à devenir des femmes sexuellement éveillées dans la Naissance des Pieuvres ( qui révéla Adèle Haenel, extraordinaire dans Suzanne), elle s'attaque à la transgression qui germe chez un petit bout de femme de onze ans. Sachant qu'elle joue à nouveau avec le feu, la réalisatrice, qui a retenu la leçon de l'impact de son premier film, donne une place aux parents, et donc un périmètre de sécurité, pour qu'ils arbitrent ce cas litigieux ( qui n'est pas criminel non plus). Ce n'était pas le cas dans la Naissance des Pieuvres où les parents étaient presque des figurants, car l'histoire était presque uniquement du point de vue des jeunes filles.
Il est donc étonnant qu'à l'heure du débat sur la théorie des genres (et le fait que la diffusion de Tomboy sur Arte ait déchainé les foudres des plus conservateurs et étroits d'esprit), ce dernier aspect du film n'ait pas été mis en avant. De plus, ce film ne parle pas uniquement de la confusion des genres mais aussi de la beauté d'être un enfant, de croquer les moments d'une journée à pleines dents ( scène de la partie de foot, de la bataille d'eau et des scènes où Laure discute ou prend soin de sa petite soeur). Comme Sofia Coppola, Céline Sciamma, parvient aussi à livrer un écrin sonore en phase avec l'image, et c'est une grande réussite de film.
Si vous ne connaissez pas l'univers de Céline Sciamma, il vous faut l'appréhender car en filmant l'ambiguïté, elle embrasse le monde dans toute sa complexité, tout en voulant montrer que ses personnages ne sont pas déviants mais habités par une énergie qui les met à l'épreuve, les fait réfléchir et mûrir. La démarche de la réalisatrice est donc saine et n'a rien d'amoral. Voir son travail, c'est défendre une grande exigence du cinéma , ce qui est rare, pour une jeune réalisatrice contemporaine. A ne pas manquer donc.
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