Sciamma poursuit son exploration sur la découverte de la sexualité, d'un corps qui change, du rapport intime avec autrui. Pour ce second long-métrage, elle va à rebours de quelques années et quitte l'adolescence de ses pieuvres pour la pré-adolescence. Encore une fois l'histoire se déroule dans une petite banlieue calme et paisible, en plein été, entre deux années scolaires, où les enfants grandissent plus vite et les métamorphoses peuvent apparaître.
Malgré un sujet délicat, le film ne tombe jamais dans un psychologisme facile ou un quelconque déterminisme. Les parents n'ont pas démissionné, au contraire cette famille est profondément soudée et semble heureuse. Il s'agit encore moins d'une chronique glauque ou misérabiliste sans non plus éclipser un certain malaise. Le film pose des questions mais reste en premier lieu divertissant et l'on ne décroche pas des péripéties androgynes de Laure.
Ce n'est donc que l'expérience toute contingente de Laure, un petit pan de sa vie filmé à hauteur de ses yeux bleus perçants et qui par un léger quiproquo - qu'elle espérait peut-être ? - va être prise pour un garçon et se laisser prendre à ce jeu d'enfant. Le jugement et le mépris ne viendront que du monde adulte quand la récréation s'achève.
D'un point de vue formel, la cinéaste s'amuse - parfois de manière pas très subtile - à jouer sur l'opposition du rouge et du bleu et des codes sociaux rattachés à ces couleurs sans que toutefois que cette symbolique ne soit trop empesée ou ne perturbe la narration. Il n'est pas étonnant de voir que l'apaisement survient au sein de la forêt où le vert domine. La caméra reste à hauteur d'enfant, dans une simplicité qui ne s'éloigne pas des personnages et de ses lieux et évite de verser dans une fausse âpreté documentariste. Pourtant, il a été tourné dans la ville même où l'actrice vit et avec ses véritables amis. La caméra laisse transparaître une énorme tendresse pour les deux actrices principales, la troublante Laura et la craquante Jeanne et un regard affectueux, mais pas sans lucidité, sur l'univers de l'enfance.
Moins précieux et apprêté, plus léger que la Naissance des Pieuvres quoique moins vibrant par l'absence de la musique de Para One, Tomboy marie grâce et finesse, dureté et légèreté, rouge et bleu.