Le cinéma portugais est régulièrement hanté par son passé colonial. Dans Tommy Guns, censé se situer à la veille de l'indépendance de l'Angola, l'aspect réaliste du début et sa voie romanesque, ne sont qu'un leurre, à mesure qu'une allégorie prend le pas, brouillant les repères, dans une progression du récit de plus en plus resserrée et cependant sans cesse surprenante, dans le mélange des genres. Le réalisateur, Carlos Conceição, qui est d'ailleurs né en Angola, a aussi bien recours à l'absurde qu'au suspense et à l'érotisme, mais c'est bien sur le mode fantastique que le long métrage évolue, dans des situations qui rappellent étrangement des scènes vues dans des films consacrés à la Seconde Guerre mondiale ou au Vietnam. Le récit a beau parfois nous laisser cois, il reste presque toujours fascinant, s'adressant visiblement au Portugal d'aujourd'hui, y compris à ceux qui éprouvent une certaine nostalgie pour l'époque où la nation s'enorgueillissait de ses possessions ultramarines. Mais le film, avec la présence de spectres du passé et des guerres, résonne à la fois comme un avertissement universel et comme une culpabilité collective qui ne trouvera jamais son apaisement. Tous les niveaux de lecture de Tommy Guns, s'ils contribuent à une forme de difficulté de compréhension, participent à son extrême richesse thématique qui demanderait sans doute une deuxième vision.