Satyajit Ray se démarque de Bollywood en adoptant un style réaliste, et en osant dire les choses qui fâchent : en Inde, l'apparence est si importante. Ainsi l'héroïne supplie-t-elle ses amies de ne pas révéler qu'elle a subi une tentative de viol.
Ici, S. Ray montre un brahmane qui, sans être véritablement un escroc (on le voit effectivement enseigner et guérir), a tendance à abuser de son statut prestigieux. Il faut sans doute un certain courage pour montrer cela en Inde, et il n'est guère surprenant que le film se soit vu rejeter à sa sortie. Il évoque aussi la question sexuelle, sujet tabou en Inde, à plusieurs reprises (le viol, la prostitution). Un Occidental ne perçoit pas forcément l'engagement que requiert un tel cinéma sur le sous-continent.
Une fois dit cela, sur le plan formel, ce n'est quand même pas formidable. Ray use et abuse du zoom, avant et arrière, ce qui est pour le moins sujet à caution. De belles images de la nature, un peu trop jolies justement. Quelques belles scènes malgré tout : la toute première avec cette main dans l'eau, celle de l'émeute pour le riz, celle où Ananga se fait agresser dans le vacarme des réacteurs des avions (qui retient l'attention de ses amies), l'ultime scène de la famille du mendiant qui avance dans la pénombre...
Un film qui a ses qualités donc, mais on n'a pas, il me semble, affaire à un grand styliste. Je viens de voir Voyage à Tokyo de Ozu, le contraste est assez frappant...
6,5 quand même.