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Dans Top Gun, on assiste à une éternelle répétition des mêmes scènes : Tom Cruise (Maverick) qui drague Kelly McGillis (Charlie), des hommes torses nus qui jouent au coq dans les vestiaires et se vannent en permanence et les mêmes hommes, habillés cette fois, qui essaient de savoir lequel d’entre eux pilote son avion mieux que les autres. Voilà, c'est tout.
Pourtant, Top Gun, c’est à la fois ça, oui, mais bien plus encore. Si ce n’était que cela, le film serait tombé dans l’oubli, ou n’aurait même pas existé. Quelque chose se passe, durant 1h50, et qui commence dès les premières secondes du générique : un truc qui flotte, sans s’appesantir, comme cette intrigue apolitique, aussi vaine et superficielle que la décennie qui l’a vu naître, mais qui accroche le regard, l’attention.
Les images de Tony Scott y sont pour beaucoup. Elles sont étudiées, belles. Beaucoup de plans fixes, des images carte postale, de la fumée aussi, oui. Une teinte rouge, hors du temps et « si années 80 » à la fois, un côté évanescent et intemporel, tout ce qu’ils ont tenté sans succès de reproduire dans Maverick, 35 ans plus tard et sans le talent du réalisateur.
Top Gun, ce sont ces musiques funky, envoûtantes et prenantes, qui nous lancent dans le film et nous font (presque) oublier qu’il ne se passe en fait pas grand-chose. Et puis cette progression dramatique et érotique dingue, quand Maverick et Charlie se rapprochent, se regardent, se désirent, se fuient pour mieux se trouver enfin, sous les notes toujours retenues, tendues, à la frontière de l’extase totale, avant le grand relâchement, la communion des corps, le climax orgasmique et les paroles de Take my breath away coulant à flot. C’est à la fois kitsch et superbe (superbe parce que kitsch) ?
Pour ce moment-là uniquement, cette tension sexuelle amenée par des jeux de regards intenses et cette musique qui veut venir mais se retient, le film vaut la peine d’être vu. Il y aurait d’autres choses à pointer, la relation entre Tom Cruise et Val Kilmer, leurs sourires carnassiers et parfaits à la fois qui se confrontent, ces stars qui gonflent leur égo pour exploser au grand jour, ou encore le trauma inattendu qui touche le film et son protagoniste principal.
Quand on regarde Top Gun, on sait ce qu’on vient y voir. Les années 80 ramassées en 1h50 : l’arrogance, l’argent, Tom Cruise, la superficialité, la masculinité toxique, la drague lourde et l’homosexualité latente (« je bande », n’arrêtent-ils pas de se dire l’un à l’autre). Le film encapsule son époque et se fait documentaire d’une ère qu’on aurait espéré révolue. Tout cela (en)cadré par les mains plasticiennes de Tony Scott, saupoudré d’un érotisme du regard, d’une musique aérienne et orgasmique, en fait un agréable moment de divertissement, sorti d'un espace-temps évaporé.
Créée
le 29 mai 2022
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