Touki Bouki, film de Djibril Diop Mambéty sorti en 1973, est un chef-d’œuvre, que ce soit sur le plan politique, visuel ou dans sa mise en scène. Il n’y a vraiment rien de négatif à dire sur ce film.
Tout d’abord, il est magnifique. On a des plans sublimes du Sénégal, et à travers les personnages, on a vraiment l’impression de voyager dans le Sénégal des années 70, un pays qui se remet de l’indépendance après la colonisation, un pays pauvre où la population survit, s’amuse et réfléchit. C’est quelque chose de très fort, et la caméra est totalement en accord avec le propos du film.
Ensuite, les acteurs sont naturels et authentiques. On a presque l’impression qu’ils ne jouent pas, mais qu’ils vivent simplement leur vie, sans avoir besoin d’être théâtraux ou de surjouer. C’est un peu le même sentiment que j’ai pu ressentir en regardant Zion. Les deux acteurs principaux, qui incarnent le couple Mory et Anta, forment un duo magnifique, et leurs scènes ensemble sont très belles.
Le film est aussi humoristique. Il ne cherche pas à être uniquement un film beau et politique : il y a aussi des scènes drôles qui apportent quelque chose en plus et le rendent plus accessible.
De plus, l’histoire est très intéressante : deux personnages rêvent d’aller en Hexagone (à Paris) et font tout pour atteindre cet objectif. J’ai trouvé très intéressant que le personnage de Mory ne parte finalement pas en France. Après avoir réussi son plan, il préfère abandonner son rêve pour retrouver sa moto, liée symboliquement aux Pangool, des entités spirituelles, après un accident. Le film montre deux personnages qui idéalisent la France au point de tout faire pour y parvenir, mais qui finit par montrer que le fantasme de l’exil ne résiste pas toujours à la réalité.
Les deux personnages sont en parfaite opposition : Anta va au bout de son rêve, tandis que Mory préfère ne pas perdre ses racines et rester lui-même. Comme le dit Damso, « Je reste toujours un vrai négro » pour lui, quitter le Sénégal, c’est perdre ses valeurs.
Le film est également très fort politiquement. La scène avec les métropolitains qui discutent des habitants du Sénégal et donnent leur vision est très puissante, et reste encore pertinente aujourd’hui, car certaines personnes ont toujours ce type de pensée néocoloniale. Une autre scène marquante est celle où la mère critique les enfants africains qui partent à Paris et ne reviennent pas, ou qui reviennent avec des femmes blanches. Au-delà de la manière dont cette phrase peut être perçue aujourd’hui, elle pose une vraie réflexion sur le contexte de l’époque : un Sénégal marqué par des années de colonisation avant l’indépendance en 1960. Cela interroge la perte de culture, des liens familiaux et de l’identité.
Enfin, le film est très important dans l’histoire du cinéma africain. Il a notamment été référencé par Beyoncé et Jay-Z lors de leur On the Run II Tour.
C’est un chef-d’œuvre qui donne envie de découvrir davantage le cinéma africain.