C’est un film bourrin, filmé comme un clip MTV à L.A., qui vend un fantasme de pouvoir masculin toxique. Denzel Washington y joue Alonzo Harris, flic ripou censé incarner l’archétype du prédateur urbain. Mais là où la critique voit une prestation « magistrale », il n’y a en réalité qu’une gesticulation maladroite, un cabotinage saturé de mimiques forcées et de répliques jetées comme des punchlines de mauvais rap. Washington ne dégage pas de charisme ici, il se réfugie dans la caricature, et c’est précisément ça que ses fans masculins défendent, comme si l’excès mal joué pouvait se travestir en grandeur.
Et parlons-en, de ces hommes qui adorent ce film, qui disent que c’est un « plaisir coupable » ou que « la performance est légendaire ». Leur fascination n’a rien d’innocent. Quand on célèbre ce rôle, on ne célèbre pas une prouesse artistique, mais une imitation maladroite de puissance virile. Ce qu’ils trouvent « jouissif », c’est un personnage qui abuse de son autorité, qui manipule, qui terrorise, et qui s’imagine au-dessus des règles. Et ils aiment ça, non pas parce que c’est bien écrit, ça ne l’est pas, mais parce que ça leur renvoie un fantasme dans lequel ils se reconnaissent ou qu’ils envient : être au-dessus des lois, être celui qui écrase et ne se justifie pas.
Ces spectateurs masculins se rassurent en se disant que c’est « juste du cinéma », mais ils exposent, sans même s’en rendre compte, une complaisance profonde envers la brutalité masculine. Ils admirent un rôle creux, joué de manière outrancière, simplement parce qu’il donne à voir une domination totale. C’est le même imaginaire qui les pousse à applaudir les tyrans de fiction ou à trouver « cool » les figures d’autorité brutales dans la vraie vie. Leur engouement pour Training Day n’est pas seulement un problème de goût cinématographique : c’est un symptôme de leur tolérance, voire de leur appétit, pour les rapports de force violents et unilatéraux.
Alors oui, il faut le dire sans détour : ces hommes doivent se remettre en question. Parce qu’aduler ce film, c’est participer à la glorification d’un modèle masculin vide, violent, autoritaire, stupide, et ici même pas porté par un vrai talent d'acteur ou d'écriture .
Et puisqu’il faut conclure : Training Day n’est pas un film « imparfait mais culte », c’est un mauvais film. Mauvais dans son écriture, mauvais dans son jeu, mauvais dans sa mise en scène, mauvais dans sa vision politique. Un produit qui recycle les pires clichés de masculinité, les enrobe dans une fausse tension morale, et les revend comme spectacle. Un cinéma qui se prend pour une leçon sur le pouvoir, alors qu’il n’est que le reflet complaisant de sa laideur.