Quelle candeur, quel ravissement… Par les temps qui courent, il n'est pas donné tous les jours de se laisser porter, embarquer dans une histoire invraisemblable certes, mais pas plus que toutes celles qui fondent le christianisme (le film se passe à Lourdes!).
Et quelle merveilleuse brochette de comédiens : Amalric bien sûr, intense, toujours fiévreux, illuminé, illuminant, comme un Christ anti-héros, paumé, doutant de lui-même, doutant que l'on puisse croire à ses mensonges. Mélanie Thierry, magnifique, bouleversante, tant quand elle joue que lorsqu'elle chante et danse. Balasko, toute en tendresse maternelle. Denis Lavant, si rare, si fou et si précieux. Et Bertrand Belin… quelle belle idée que de le faire jouer, un peu, et de le laisser chanter !
Pardon pour cette suite d'exclamations peu analytiques, mais Tralala appelle la candeur, la ferveur et l'enthousiasme. Le film commence par déstabiliser par sa sonorité factice et son innocence. On se demande si l'on va supporter, si l'on va y croire… (un peu, somme toute, comme quand on voit son premier Demy ?). Et pourtant, on embarque. On suit la quête improbable de Tralala, qui n'y croit pas lui-même. Ses mensonges guérissent les uns, révèlent les autres à eux-mêmes. C'est le miracle de la Foi. Le film va crescendo, gagne en profondeur, et les chansons gagnent en musicalité, en variété. Pris au dépourvu par l'émotion, on se surprend à verser une larme sur le deuil enfin fait d'un enfant disparu, d'un amour perdu… et le chemin tortueux vers la vérité qui passe par la fable. Avec ce commandement nouveau et déroutant : Ne soyez pas vous-mêmes.