Alors que l’Empire de Charles Band menaçait de s’effondrer sous les coups de boutoir du Crédit Lyonnais, l’heure était plus que jamais au système D. Le producteur tentait de sauver les meubles en rentabilisant à tout prix des décors élaborés pour deux productions ambitieuses (Robot Jox et Arena), dont les sorties seront retardées de plusieurs années suite à la faillite de sa société. C’est dans cette logique de recyclage intensif qu’est né Transformations, un body horror dont l’affiche résume à elle seule l’hybridation chaotique qui le traverse.


Le récit suit John Wolf, astronaute solitaire rêvant d’échapper à l’abstinence imposée par sa fonction. Après un rêve érotique où il s’adonne à une partie de ça va, ça vient avec une succube de l’enfer, son vaisseau s’écrase sur Hephaestos IV, une planète austère abritant une colonie pénitentiaire. À peine remis sur pied, Wolf entreprend de séduire toutes les femmes de la station afin d’assouvir son insatiable libido. Mais cette frénésie sexuelle s’accompagne rapidement de symptômes inquiétants : des abcès purulents apparaissent sur son corps, se liquéfiant à mesure de ses rapports intimes. Dans le même temps, des prisonniers tentent de forcer la mise en quarantaine pour s’évader à bord de son vaisseau.


Comme souvent dans les productions Empire, le film mêle un vernis de science-fiction à des pulsions érotiques assumées. L’astronaute lubrique, sautant sur tout ce qui bouge, fait écho à l’opportunisme de son producteur, cherchant à saisir toutes les occasions qui se présentent. Malheureusement, cette allégorie mal branlée des années Sida ne tient pas toutes ses promesses en matière de body horror. La faute, notamment, à un budget dérisoire d’à peine 300 000 dollars, contraignant John Carl Buechler et son équipe à recycler d’anciens effets en latex pour donner vie à une monstruosité impie peu convaincante. Reste toutefois une certaine tenue visuelle grâce à la photographie soignée de Sergio Salvati et à la direction artistique de Giovanni Natalucci, permettant au film d’atteindre les standards esthétiques du studio.


Tourné en à peine neuf jours dans les studios DinoCittà, Transformations n’exploite pourtant jamais pleinement son potentiel malgré son background science-fictionnel intriguant, préfigurant un certain Alien 3. En effet, l’astronaute se retrouve à devoir cohabiter avec des détenus et forçats menant l’insurrection contre le pouvoir institutionnel, tandis que la communauté semble baigner dans un syncrétisme religieux porté par les balbutiements de Patrick Macnee (l’acteur de Chapeau Melon et Bottes de cuir) en figure spirituelle vacillante. Plus tard, lorsque John se transforme en monstre reptilien et libidineux, le film de Jay Kamen semble nous renvoyer à l’univers de Dan O’ Bannon et aux visions organiques de H.G. Giger.


Malheureusement, le réalisateur ne cherche jamais à initier une partie de cache-cache ou à ménager la moindre tension, notamment dans les interactions avec son interprète féminine. La relation entre John et Miranda illustre d’ailleurs parfaitement cette erreur d’hybridation, en s’inscrivant en négatif de celle développée dans le film La Mouche. Là où David Cronenberg explorait la dégradation physique comme vecteur d’une tragédie intime et déchirante, Transformations propose une romance désincarnée. Miranda semble moins attirée par Wolf que par l’opportunité de fuir Hephaestos IV ; son absence totale de jalousie face aux infidélités répétées du protagoniste en témoigne. Plus étonnant encore, le film évite toute véritable intimité entre eux.


Dès lors, Jay Kamen ne cherche jamais à interroger la condition humaine ni à explorer la douleur du regard porté sur un corps aimé en pleine déliquescence. Là où La Mouche confrontait le spectateur à la déchéance, à la perte et à la finitude, Transformations se contente d’opposer une résolution à l’eau de rose dénuée du moindre impact. Cette pseudo renaissance métaphysique, défiant les lois de la raison et de l’anatomie, ne saurait offrir au public le substrat transgressif pourtant espéré par son teasing racoleur et mensonger.


Le sage pointe la lune, l’idiot regarde le doigt. Alors s’il te faut un guide pour parcourir l’univers étendu de la Full Moon Features, L’Écran Barge te fera découvrir le moins pire et le meilleur de l'oncle Charles Band, le Walt Disney de la série bis !


Le-Roy-du-Bis
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le 30 oct. 2025

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