Travolta et moi
7.8
Travolta et moi

Téléfilm de Patricia Mazuy (1993)

Au même titre que US Go Home, de Claire Denis et contrairement à L’eau froide, d’Olivier Assayas (sorti en format court sous le titre « La page blanche ») Travolta et moi n’a pas eu les honneurs d’une rallonge et d’une sortie salle. Il est resté l’un des téléfilms commandés par Arte pour sa collection « Tous les garçons et les filles de leur âge » dans laquelle on retrouve outre les films de Claire Denis & Olivier Assayas (Les trois seuls de la série que j’ai vu à ce jour) des réalisations de Téchiné et Akerman, entre autre.


 Travolta et moi suit une adolescente contrainte par ses parents (absents pour un week-end de congrès) de garder et d’assurer l’ouverture de la boulangerie familiale tandis qu’elle devait préalablement se rendre à une boum et rejoindre un garçon rencontré dans le bus qui l’emmenait au lycée – La première séquence du film. Le film se déroule en 1978 à Chalons sur Marne. Christine est fan de Travolta depuis la sortie de La fièvre du samedi soir. Tous les autres garçons sont des ringards. Nicolas, lui, lit Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche.
Patricia Mazuy (dont j’avais relativement détesté son récent Sport de filles) filme quasi tout en gros plans, resserre la moindre séquence pour accentuer le côté écorché et instinctif afin de se mettre au même niveau que son héroïne. Ça m’a beaucoup rappelé La fille seule, de Benoît Jacquot. Elle crée d’abord un sentiment d’urgence dans cette boulangerie, entre le ballet des viennoiseries et les entrées à répétition des clients qui s’inquiètent de ne pas voir leur couple de boulangers habituels. On sent le poids des heures qui défilent et l’impossibilité pour Christine de s’extraire des obligations qu’on lui a octroyé contre son gré.
Christine a la tête ailleurs, à Travolta (elle passe la bande originale du film en boucle) mais surtout à Nicolas, ce garçon pas comme les autres, ainsi qu’à cette foutue boum qu’elle va irrémédiablement manquer. C’est très beau. La seconde partie du film quand elle a enfin dynamité, littéralement, le magasin prison, s’ancre dans un tout autre décor : Une patinoire. Et délivre des moments de rêverie sidérants, à l’image de cette danse avec Igor, un patineur plus professionnel que dragueur, avec lequel elle semble avoir un peu oublié celui qu’il l’a provisoirement mise de côté.
On stagne dans un registre cruel – Celui du monde adolescent en général – renforcé par une fin au jusqu’au-boutiste tragique, pourtant une certaine douceur se dégage de l’ensemble du film, s’incarnant dans de simples regards ou des rapprochements impulsifs un peu hasardeux. Il y a quelque chose d’un peu trop informe et épileptique, accompagné par des choix musicaux hétéroclites (Bee Gees, The Clash, Polnareff) mais c’est un bien beau film sur l’adolescence, ses tourments incompréhensibles, ses virages brusques, sa cruauté maladive et son insolence.
JanosValuska
7
Écrit par

Créée

le 15 mars 2017

Critique lue 741 fois

JanosValuska

Écrit par

Critique lue 741 fois

2

D'autres avis sur Travolta et moi

Travolta et moi

Travolta et moi

10

B-Lyndon

268 critiques

Quand la ville brûle

J'ai l'habitude de penser que les vrais grands cinéastes sont ceux qui parviennent à nous montrer un lieu comme si c'était la première fois qu'on le traversait, comme si on ne l'avait jamais...

le 31 juil. 2018

Travolta et moi

Travolta et moi

7

FloYuki

1352 critiques

Un couple qui va trop vite dans un film trop rapide. Un film sympa sur la rencontre de 2 adolescents

Étant donné que mes camarades et moi auront l'occasion de rencontrer Patricia Mazuy prochainement, nous avons eu l'occasion de découvrir ce long-métrage avec nos professeurs pour se faire une idée de...

le 23 nov. 2018

Travolta et moi

Travolta et moi

7

JanosValuska

2964 critiques

La boulangère de Chalons.

Au même titre que US Go Home, de Claire Denis et contrairement à L’eau froide, d’Olivier Assayas (sorti en format court sous le titre « La page blanche ») Travolta et moi n’a pas eu les honneurs...

le 15 mars 2017

Du même critique

La Maison des bois

La Maison des bois

10

JanosValuska

2964 critiques

My childhood.

J’ai cette belle sensation que le film ne me quittera jamais, qu’il est déjà bien ancré dans ma mémoire, que je me souviendrai de cette maison, ce village, ce petit garçon pour toujours. J’ai...

le 21 nov. 2014

Titane

Titane

5

JanosValuska

2964 critiques

The messy demon.

Quand Grave est sorti il y a quatre ans, ça m’avait enthousiasmé. Non pas que le film soit  parfait, loin de là, mais ça faisait tellement de bien de voir un premier film aussi intense...

le 24 juil. 2021

Classe moyenne

Classe moyenne

2

JanosValuska

2964 critiques

Jeu de massacre.

Laurent Laffite est génial. Laure Calamy merveilleuse. Ramzi excellent. Elodie Bouchez très juste. Les trois plus jeunes font le taf : Noée Abita, sublime dans Ava ; Sami Outalbali & Mahia...

le 27 sept. 2025