Michael Winterbottom transpose Tess d’Urberville dans l’Inde contemporaine avec Trishna, un film visuellement superbe mais émotionnellement tiède. Malgré une démarche ambitieuse et un fond riche, l’ensemble reste à distance.
Le film brille d’abord par son esthétique : la photographie est somptueuse, les décors vivants, et la caméra capte avec justesse l’atmosphère d’un pays en mutation. Ce soin visuel crée un contraste intéressant avec la trajectoire sombre de Trishna, interprétée avec délicatesse par Freida Pinto. À ses côtés, Riz Ahmed campe un personnage ambigu, oscillant entre charme et cruauté.
Pourtant, malgré ce cadre prometteur, le récit manque d’épaisseur. Les relations restent souvent schématiques, et les enjeux émotionnels peinent à s’imposer. Les ellipses, nombreuses, affaiblissent l’impact dramatique, laissant les personnages parfois trop en retrait. On observe leur chute plus qu’on ne la ressent.
Winterbottom semble privilégier l’atmosphère à l’intime, le cadre à la chair. Si cela donne lieu à des images marquantes, cela freine aussi l’engagement du spectateur. On admire, mais on reste extérieur.
Cela dit, le film ne manque pas d’intérêt : il interroge subtilement les rapports de domination, le poids des traditions, et la violence sourde des relations déséquilibrées. Mais ces thématiques fortes auraient gagné à être explorées avec plus de souffle narratif.
En résumé, Trishna est une œuvre élégante, portée par une belle intention et un regard sensible, mais qui laisse un peu sur sa faim. Un film à la beauté froide, qui mérite d’être vu, sans vraiment bouleverser.