Troie continue sur la lancée du retour du péplum à l'écran amorcée par Gladiator. Sauf que là, on est en Grèce homérique, les composants d'un péplum "grec" sont différents d'un péplum "romain". Délaissant le style heurté et la caméra sur l'épaule de Ridley Scott, l'Allemand Wolfgang Petersen opte pour un style bien léché, composé de plans proprement cadrés et d'armures étincelantes. Son adaptation des poèmes épiques de L'Iliade d' Homère est certes contestable, mais après tout peu importe, je n'ai pas envie de faire le difficile sur ce plan-là, c'est un film-spectacle dont le but est de faire passer un bon moment au spectateur, et ce but est atteint, je n'avais pas envie d'une adaptation scrupuleuse ; transposée en superprod hollywoodienne, elle est finalement très plaisante à regarder, il lui manque seulement une vraie dimension tragique. Quoique cette dimension soit effleurée dans la séquence d'ouverture où Ulysse déclame en voix off : Nos actions auront-elles un écho à travers les siècles ? Des étrangers entendront-ils nos noms longtemps après notre disparition, et se demanderont-ils qui nous étions, avec quelle bravoure nous avons combattu, avec quelle ardeur nous avons aimé ?
Les acteurs charismatiques font la force du film : laissons Brad Pitt qui se la joue trop en Achille torturé, on dirait qu'il n'a pas envie de tuer du Troyen ; il est vrai qu'il déteste Agamemnon ; avec ses airs de surfeur californien, il a tendance à prendre un peu trop la pose et ne recherche que les gros plans que lui accorde son réalisateur, il n'est clairement pas l'homme du rôle. Laissons aussi Orlando Bloom, décevant en frérot d' Hector, il est pleutre et falot, son personnage en est réduit à pleurnicher dans les jupes de son frère, il est bien à l'opposée du Legolas du SDA, son rôle ici est mal écrit.
Gardons Brendan Gleeson, habitué des personnages physiques à costumes (depuis Braveheart), dans le rôle hélas trop court de Ménélas. Gardons Brian Cox en Agamemnon cupide, rageur et imbu de lui-même. Gardons aussi Sean Bean en Ulysse avisé, toujours excellent où qu'il soit, mais un peu sous-employé ici. Mais gardons surtout Eric Bana qui donne à Hector beaucoup de profondeur, et enfin gardons l'immense Peter O'Toole, impérial en vieux roi Priam ; sa scène gémissante lorsqu'il réclame le corps d'Hector à Achille, est pathétique et belle. Beaucoup d'autres acteurs secondaires sont remarquables comme Vincent Regan (qu'on reverra en Grec dans 300), Rose Byrne, James Cosmo, Saffron Burrows, Garrett Hedlund, Tyler Mane, Diane Kruger rayonnante de beauté dans le rôle d'Hélène de Troie, et Julie Christie (en Thetis, mère d' Achille dans une touchante petite scène).
A tout cela, s'ajoutent de belles scènes de batailles, un combat entre Achille et Hector superbement chorégraphié, quelques effets numériques qui permettent de rendre la cité de Troie majestueuse (mais un cheval de Troie assez laid, dommage), et puis une splendide BO héroïque de James Horner fidèle à son style, qui magnifie l'épopée... tout ceci achève de faire de ce film un beau livre d'images en technicolor qui mérite bien mieux que ses notes basses honteuses.