Moins connu que J'ai même rencontré des Tziganes heureux ou Le maître et Marguerite, Trois a tout de même été nommé à l'Oscar du meilleur film étranger et témoigne de la puissance de la mise en scène d'Aleksandar Petrovic. Il est composé de trois récits, qui symbolisent respectivement le début, le cœur et la fin de la seconde guerre mondiale en Yougoslavie. Le personnage principal est tour à tour témoin, fugitif et décideur, avec à chaque fois la mort qui le frôle , sans l'atteindre directement. Cruauté de la guerre mais aussi son côté absurde sont évoqués dans une économie de moyens, notamment en ce qui concerne les dialogues, qui n'empêche pas une véritable intensité dans la mise en place des situations. Petrovic ne fait surtout pas acte de propagande, ce qui est à souligner au sein d'un cinéma yougoslave des années 50 et 60 qui a souvent mis l'accent sur l'héroïsme des partisans, et raconte au contraire la difficulté de rester un être humain dans un contexte qui ne l'est pas. Chacun des segments du film marque l'impuissance de son personnage principal, obligé de subir des événements qui attentent à la dignité de l'homme, alors que lui a la chance de pouvoir survivre.