« Aviator », de Scorsese, qui raconte l’ascension et la déchéance d’Howard Hughes (un DiCaprio méconnaissable et habité comme jamais), et dont une analyse arrivera plus tard de ma part, vient de clôturer mon cycle Cannes 2025.
Cette année, mon western préféré de la trilogie léonienne du dollar (« Et pour quelques dollars de plus ») vient d’ouvrir les portes de mon saloon pour une partie de poker menteur.
« Trois Cavaliers pour Fort Yuma », W passé sur Arte il y a quelques semaines (et que j’ai enregistré, car la musique est signée, semble-t-il, Morricone), est la deuxième carte (inconnue pour ma part -sauf pour le compositeur de « Orca ») que je pose sur la table pour anticiper un quelconque duel. Barman, whisky !
Une fois ce whisky posé sur la table, ce western est finalement agréable à visionner. Fort sympathique même. Une très bonne surprise. Barman, un autre whisky !
« Trois cavaliers pour Fort Yuma » se voit ainsi doté d’une histoire basée sur la fin de la Guerre de Sécession.
Les yankees veulent ici faire capituler les sudistes, ces fameux hors-la-loi, des bandits de grands chemins, des pilleurs, des moins que rien. Et au milieu, des hommes qui font passer des messages, des messagers, un peu mercenaires sur les bords, pour faire capituler les sudistes en échange d’une conséquente somme d’argent voir d’or. Ces hommes, sans reproche et des arguments à revendre (avec une belle artillerie), qui n’ont pas de camp mais plus que leur honneur en jeu, décident de rester en vie coûte que coûte au dépens de militaires qui abusent de leur pouvoir (le fameux pouvoir corrupteur de l’argent qu’on retrouve chez les gradés, ceux qui portent la loi et l’ordre).
Un scénario somme tout basique qui repose sur des atouts scénaristiques bien convenus, et pourtant on ne s’ennuie aucunement pendant cette heure et demie qui passe allègrement bien.
Scénario classique certes mais bien mis en avant par une réalisation enlevée et un sens du rythme bien développé ainsi que par des personnages bien troussés, un poil stéréotypés, manichéens (pour le final ...que je ne dégainerai -pardon, dévoilerai- pas !) mais qui entretiennent quand même le suspense grâce à des rebondissements/cavalcades bienvenus. O soleil, soleil… !
Un scénario qui tient ses promesses, une photographie pas si sale que ça (les décors naturels proposés sont tous bien choisis et bien mis en lumière), un générique de début qui met dans l’ambiance grâce à ces images en teinte sépia bariolés (un mix entre le générique du « Bon, la brute et le truand » et celui de « Butch Cassidy et le kid » j’ai trouvé : une belle astuce de mise en bouche pour ainsi dire), une interprétation plus que correcte, des séquences d’action bien réglées (j’ai agréablement été surpris par le premier combat qui m’a mis dans l’ambiance : il m’a davantage fait sourire que rire à gorge déployée) : ce western se démarque par ces qualités. Bravo à l’équipe technique qui a fait du bon boulot.
Ce n’est ni le meilleur western de tous les temps et ce ne sera jamais le pire non plus.
Du côté des mercenaires et donc du casting, il y a Dan Vadis (habitué eastwoodien : « L’homme des hautes plaines », « L’épreuve de force », « Bronco Billy »), la g***le Giuliano Gemma (s’il apparaît dans « Le guépard », il tourne ensuite dans la série de films « Angélique » mais il reste aujourd’hui connu pour avoir joué dans « Le désert des tartares »), la très belle Sophie Daumier (« Carambolages », « Dragées au poivre », « Une histoire simple »), l’inévitable Jacques Sernas (« Barbe-bleue », « Hélène de Troie » de Robert Wise, « Les 55 jours de Pékin ») et José Calvo (si Bunuel l’a fait tourner par deux fois -« Viridiana » et « Tristana »-, c’est bien son rôle de barman dans « Pour une poignée de dollars » qui l’a fait connaître à l’international).
Une belle interprétation pour une belle brochette d’acteurs ...sous le soleil espagnol.
Ah oui, il y a la musique aussi.
La bande sonore fait que l’on ne décroche à aucun moment de cette histoire aussi farfelue soit elle.
J’ai bien senti la patte morriconienne faire son effet. Je m’explique.
Dans le thème principal, on obtient le futur cri du coyote du « Bon, la brute et le truand » si l’on décompose en moins vite la mélodie. De même, les notes sifflées sortant toutes seules de l’harmonica en cette petite mélodie d’une phrase m’a fait énormément penser au thème de l’harmonica de « Il était une fois dans l’Ouest ».
Et de plus, la répétition du thème principal (ici, comme sur « Companeros » j’ai trouvé), nous entraîne dans un envoûtement général, celui de prendre part à cette guerre qui a du mal à finir.
Une guerre morriconienne, une ambiance salutaire à souhait, une histoire qui doit se terminer : du Morricone dans toute sa splendeur ...mais pas dans sa démesure, car la musique n’embrase jamais la mise en scène tout comme la réalisation ne se fait pas l’apanage de la musique. Dommage, on aurait pu avoir un western d’envergure si ces deux couches s’étaient superposées. « Ah-hi-ah-hi-hein !... »
Au générique du film, seul apparaît Gianni Ferrio, compositeur qui a collaboré trois fois avec le réalisateur Giorgio Ferroni (« Le dollar troué », « La grande chevauchée de Robin des bois » et les fameux « Trois cavaliers... »), mais aussi avec les Tessari, Steno, Corbucci… et il a également créé la chanson originelle « Parole, parole ». Et pourtant, le compositeur de « Mission » apparaît crédité sur différents sites internets comme compositeur du thème principal.
Je suppose que le Maestro a écrit le thème principal en même pas un mois et qu’il n’a pas été retenu par Ferroni qui a préféré s’adjoindre de son compositeur fétiche, Gianni Ferrio. « Ouap, ouap, ouap... »
L’on a ici affaire à un western fort honorable, dans la lignée de ces westerns des 40’s-50’s (je pense bien sûr à « La mission du commandant Lex » que j’ai vu il y a quelques semaines, et d’autres films comme certains Anthony Mann, John Ford, Wyler, Dmytryk et tant d’autres) qui se démarquent pourtant par leur singularité, leur atypisme, et la façon dont les réalisateurs les façonnent et les fabriquent.
Oui, il y a du rythme, oui, il y a une bonne musique, oui, le scénario est béton, oui, les interprètes ont du charisme, et oui, il y a un certain sens de la mise en scène, mais cet artisanat ne dépasse pas le cadre qu’il s’était fixé.
Il y a des films qui passent à la postériorité dix, quinze, vingt, cinquante ou cent ans plus tard, « Trois cavaliers pour Fort Yuma », bien qu’il soit une agréable découverte westernienne, n’aura jamais l’aura de « L’homme des vallées perdues », « Il était une fois dans l’Ouest » ou encore « Butch Cassidy et le kid » comme évoqué plus haut.
Et ce paragraphe n’engage que moi, ainsi que la sensibilité que j’ai eu pour ce joyeux western bigrement mis en valeur mais qui ne manque pas de soleil.
Pour conclure, « Per pochi dollari ancora »(de son titre originel ; sorti en 1966) est ce western spaghetti rondement mené pourtant assez conventionnel dans la forme.
Il s’agit d’un western mineur en mode majeur (tandis que je considère « La chevauchée fantastique » en W majeur en mode mineur).
Un pur produit westernien des 60’s mitonné par Giorgio Ferroni, un réalisateur habitué des péplums et des films à grands spectacles de cette période (« La guerre de Troie », « Le colosse de Rome », « La bataille d’El Alamein »).
Soleil et whisky sont ils les remèdes pour un bon western spaghetti très chers spectateurs ?