Ce premier long-métrage de Maxime Martinot illustre à merveille la notion d'incompatibilité et d'hermétisme. Regarder "Trois contes de Borges", c'est vraiment me renvoyer à tout ce que je suis incapable d'apprécier en matière de cinéma d'auteur, ce cinéma d'auteur-là en tous cas. Aucune animosité dans le visionnage cela étant dit, simplement une circonspection extrême, une lassitude assommante, cette sensation éprouvante et paralysante qui donne l'impression d'avoir participé à un marathon alors que le film ne dure que 1h15. C'est dans une certaine mesure la continuité logique de plusieurs de ses courts-métrages, qui m'avait laissé dans un état similaire (en revanche j'avais bien aimé son "Les Antilopes", plus récent, y'a de l'espoir).
Soit donc Jorge Luis Borges himself, au soir de sa vie et handicapé par une cécité grandissante, qui évoque en compagnie d'un personnage secondaire réceptacle de ses monologues trois de ses nouvelles : El otro, El disco et El libro de arena. "Trois récits fantastiques où se monnaient les objets de l'éternité qui, à portée de main, mettent en péril nos rapports au temps, à l'image, au langage." nous dit-on... Je serais bien incapable à titre personnel de relier cette présentation avec ce que j'ai vu en tout état de cause. Le style est volontairement et radicalement austère, l'enchâssement des récits et des tranches de vie de l'écrivain argentin est pénible avant toute chose, et le tout finit par sombrer lentement mais sûrement dans une métaphysique qui m'est intensément inintelligible. Sans doute que la sensation d'être complètement dépassé par les références (littéraires et philosophiques) n'aide pas à rendre le cheminement plus agréable, mais la lourdeur du geste un peu trop théorique prend le dessus sur absolument tout le reste. Questions rhétoriques, séquences muettes, monologues indigestes... Ce niveau de froid et de désincarné a eu raison de ma bonne volonté.