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Le film ultime ?
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le 1 août 2020
John Cleary est bel et bien un sale type.
On met un peu de temps à le considérer comme tel et à lui faire porter le chapeau du fiasco conjugal --- son épouse Nettie a sa part de responsabilité dans les problèmes du couple ; il semble en outre prêt à faire des efforts ---, mais c'est bien lui, le chef de famille, qui (a) fait capoter la vie du foyer.
Sous prétexte qu'il a eu faim étant jeune, qu'il se serait fait tout seul (abandonnant l'école à 10 ans pour subvenir aux besoins des siens), que ses ambitions ont été contrariées par la crise de 1929 et que ses affaires sont en train de péricliter, il pense avoir le droit définitif d'imposer sa bougonnerie permanente et sa loi domestique tyrannique ; sans parler de son intransigeance religieuse et de ce que l'on comprend être des parties de pince-fesses extra-conjugales récurrentes...
Quoiqu'en pense le fiston de vingt-et-un ans de retour de la guerre (1945) et qui découvre petit à petit les non-dits et les vieilles douleurs qui minent la relation de ses parents, il y a bien une personne beaucoup plus responsable que l'autre dans le délitement du couple Cleary.
When I left this house three years ago,I blamed him for everything that was wrong here. When I came back, I blamed you. Now I suspect no one's to blame...
Les retrouvailles du caporal Timmy Cleary (Martin Sheen) avec ce père indécrottable et agressif (Jack Albertson) et cette mère trop triste et trop résignée (Patricia Neal) ont d'abord un parfum de bibine festive, avant de prendre donc le goût vinaigre.
Timmy tentera bien de rester à l'écart du conflit, de se montrer conciliant avec ses parents, mais c'est sans compter avec l'entêtement de son irlandais de père, les déceptions accumulées de la mère, le ressentiment commun et les tensions (sourdes) qu'il engendre.
Timmy rentrera dans la danse à son corps défendant...
Poussé par son mari à retrouver les caméras après un triple AVC, en 1965, Patricia Neal accepte de reprendre le chemin des studios auprès de deux partenaires masculins qui ont déjà joué au théâtre la pièce à succès qu'Ulu Grosbard adapte pour le cinéma.
Un sacre défi pour l'inoubliable Alma (Le Plus Sauvage d'entre tous ; oscar de la meilleur actrice) qui aura le soutien intégral des deux acteurs et toute l'attention du réalisateur, rapidement conquis.
We were all jumping into the unknown. But at the first reading of the script, I knew it was right. . . . We found her with a full range of emotions and access to memory. She’s fantastic and you can quote me without reservations. She is an extraordinary actress with such a marvelous range of emotions from humor to the depth of sorrow. She is so subtle she can play from a subdued note to a wild and open anger. .
. . ( Patricia Neal : an Unquiet Life, p. 284 )
Trois étrangers sur le papier et sous les projecteurs, mais en coulisses, pour servir le projet, un trio d'acteurs complices exceptionnels (aux timbres de voix très particuliers) qui font vivre ce quasi huis-clos de manière éclatante.
Les dialogues fusent, les sentiments valsent, les humeurs se télescopent, le tout dans un mouvement progressif, maîtrisé, qui dévoile peu à peu les histoires particulières et les failles personnelles qui engloutissent doucement les vies individuelles et ébranlent la famille.
Le si peu prolifique Ulu Grosbard (sept œuvres pour le cinéma, entre 1968 et 1999) cisèle une fois encore un bijou de sensibilité et d'humanité.
Un seul bémol : deux chansons (dont une ouvre le film) trop explicites qui vrillent les tympans
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Créée
le 2 août 2023
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