Je suis loin d'être un admirateur inconditionnel du cinéma de Robert Altman. Je ne rejette pas tout de son œuvre (en particulier The Long Goodbye, avec lequel il a réussi à réinventer le film noir, en parvenant à intégrer pleinement le genre dans le Nouvel Hollywood !), mais, pour moi, la plupart de ses créations souffrent de deux gros problèmes pour que je puisse y adhérer : le premier, c'est que ses histoires s'enlisent sous un nombre étouffant de protagonistes, empêchant le moindre d'entre eux d'avoir de la consistance, le second réside dans sa façon de mener une intrigue (et, par extension, un rythme d'ensemble !), en faisant inutilement du surplace durant un trop long moment, avant de la faire commencer brusquement, pour la conclure trop précipitamment.
Si 3 Women ne rencontre pas le premier problème susmentionné, du fait qu'il n'y ait que deux personnages principaux (je vais revenir plus loin sur eux et sur la troisième femme du titre !), pour ce qui est du second, on marche en plein dedans et pas du pied gauche.
Durant un peu plus de la première moitié, le cinéaste étale sur un peu plus d'une heure ce que le spectateur a saisi au bout de vingt minutes, sur les caractères, sur leur situation. Je comprends tout à fait que le Monsieur n'ait pas résisté à la tentation d'insérer une grosse rupture scénaristique à peu près au milieu du long-métrage, pour donner une sensation d'équilibre. Reste que la seconde moitié aborde une multitude de thèmes qui auraient mérité d'être plus creusés.
J'ai saisi qu'Altman voulait rendre le résultat ambigu, en expliquer le moins possible, laisser libre cours à l'interprétation de celles et ceux qui visionnent le tout, injecter une impression onirique (après tout, le réalisateur s'est inspiré d'un de ses rêves pour le récit !). Ce que souligne d'ailleurs, lourdement, le voile ouateux de la photographie (typique du septième art des seventies !) et la BO insistante, faisant la part belle aux instruments à vent. Il n'empêche, cette seconde moitié est juste une accumulation de thèmes différents (l'amnésie, le changement radical de personnalité, le passage mental à l'âge adulte, les relations avec la troisième femme, l'affrontement contre l'abjection masculine !), sans rien de plus, comme pour faire genre, pour dissimuler la fainéantise d'en approfondir n'en serait-ce qu'un.
Le véritable... pardon... les véritables intérêts de 3 Women sont au nombre de deux : Shelley Duvall (qui brille en loseuse magnifique égocentrique, s'adressant sans cesse à des gens qui ne l'écoutent pas... elle n'a pas volé son prix à Cannes !) et Sissy Spacek (vingt-sept balais à l'époque, mais en faisant bien dix de moins, surtout quand elle se comporte en gamine immature dans le corps d'une jeune adulte, et qui prouve qu'elle est aussi bien capable d'incarner la naïveté de l'enfance et l'admiration aveugle que la cruauté et le mépris !). Ce sont deux comédiennes extrêmement talentueuses, avec un charisme démentiel. Ce sont elles et uniquement elles qui ne rendent pas, pour moi, dispensable le fait de s'intéresser à ce film. Ah oui, en ce qui concerne la troisième femme du titre, franchement, l'actrice, choisie pour la jouer, possède autant de charisme qu'un yaourt aux cornichons périmé depuis le 6 mars 1962 (évidemment, la comparaison, sur ce plan-là, avec ses deux partenaires n'arrange pas du tout l'affaire !). Difficile de ressentir l'envie de s'y pencher. Euh non, ce constat n'a rien à avoir avec sa durée de présence beaucoup plus réduite et le fait que son personnage soit sous-exploité. Un bulldozer de charisme pourrait n'apparaître qu'une minute, dans un rôle indigne de ses capacités, il ferait toutefois un minimum d'effet.
Bref, Robert Altman a voulu accoucher d'un film cérébral, tendance freudien (pompant platement sur le Persona d'Ingmar Bergman... donc, il n'a même pas le mérite d'un soupçon d'originalité !), il en ressort un truc aussi poseur que vide, qui n'a rien à dire et qui ne dit rien. Heureusement qu'il y a Duvall et Spacek, exceptionnelles...