Everybody knows this is nowhere
Lent, flou, terne, ennuyeux à mourir, diront certains...
Peu visible, peu vu ...
Filmée en couleur, une humanité automatique, en suspension sous le faux soleil de la routine, dans un territoire isolé, une autre planète, ici, Desert Hot Springs, Ca.
Toute une micro société de playmobils, si peu mobiles dans leur aquarium.
Eggleston ou Winogrand auraient été comme des poissons dans l'eau.
Business as usual.
La vie passe.
Ce monde baigne.
Pinkie et Millie travaillent dans un centre thermal.
L 'une cherche une amie ; l' autre se la raconte.
Un glissement de terrain approche.
Insensiblement, Altman pose sa mosaique, pour ensuite, du mieux qu'il peut, ne rien dire de précis, faire mine de n'emmener le spectateur nulle part, faire fade, regarder ses personnages flotter, fonctionner dans l'ether, puis faire en sorte qu'un tremblement de terre, le choc entre ces deux continents, soit inévitable .
Tout cela fait avec une parfaite gradation.
Les plaques bougent, insensiblement, et Altman, ça tombe bien, a allumé la caméra, en bon ingénieur du Tao, presque absent...
On a l'impression d'un film très formel au début, lunaire et décoratif, jusqu' à ce qu'on s'aperçoive tout d'un coup qu' un drame tranchant et ordinaire se rapproche, derrière lequel Altman s'efface.
Que dire de Sissy Spacek et de Shelley Duvall ? Qu'elles ne jouent, pas, qu'elles sont.
Le désir d'amour et de confiance, la quête d'une âme soeur, le gel sécuritaire des échanges humains, le congélateur ordinaire où sont placées les relations humaines et ou chacun place sa vraie personnalité et son devenir, en attendant on ne sait quoi...
"Three women" est une étude aux infrarouges, aride, opaque, un conte acide et révélateur,
un faux plat, un des films les plus discrets et spectaculaires des années 70.