Solide artisan très sous-estimé qui travailla beaucoup, notamment avec Jean Gabin ou Fernandel, dans les années 1950 et 1960, Gilles Grangier est, au final, un réalisateur méconnu qui est en passe d’être redécouvert depuis les années 2020. Ce n’est que justice tant des œuvres comme Gas-oil, Le Sang à la tête ou Le Rouge est mis sont d’excellents représentants du cinéma français de ces années-là. Trois jours à vivre n’est pas son titre le plus célèbre et le plus abouti mais il se présente comme une peinture efficace du monde du théâtre de seconde zone. Un élément qui rappelle combien Gilles Grangier était toujours soucieux, derrière ses intrigues, de se pencher sur les microcosmes de ses contemporains. Avec Michel Audiard, son habituel comparse, il livre un portrait acide de ses personnages. Entre un Daniel Gélin qui ne pense qu’à la gloire, quitte à faire emprisonner un innocent, un vieil acteur cabochard qui ressasse ses vieux succès glorieux qui sont autant de réussites flaubertiennes et un directeur de compagnie qui ne pense qu’à remplir son porte-monnaie, le trait est épais mais souvent franchement drôle. Seule dans ce groupe de personnes peu fréquentables, Jeanne Moreau est croquée à son avantage.
À cet égard, le film est plutôt une comédie dramatique qu’un pur polar. C’est un film sur l’ambition et ses conséquences, mais aussi sur la pleutrerie. En comédien de seconde zone qui découvre le vedettariat pour avoir été témoin d’un assassinat sous ses yeux, Daniel Gélin tient la route. On comprend mal, en revanche, que Jeanne Moreau soit autant amoureuse de lui tant il n’est pas fiable. Dommage, en revanche, que la présence de Lino Ventura ne soit pas plus importante. Sa présence dans un tel film donne une autre dimension à l’ensemble et il aurait été judicieux de multiplier les scènes de tension entre lui et Daniel Gélin. Gilles Grangier préfère se focaliser sur la lâcheté de son personnage principal et réduire son potentiel assassin en une ombre menaçante. C’est un choix qui se comprend mais qui manque d’efficacité. De la même façon, le final n’est pas franchement à la hauteur de la situation créée. En optant pour le hors champ, le réalisateur frustre son spectateur. Très clairement, on sent qu’il n’ose pas aller au bout de son idée ou préfère laisser le spectateur deviner certaines choses. Pari perdu.
Il n’empêche que nous avons là une bonne série B à la française telle que nous savions les fagoter à la fin des années 1950. Gilles Grangier et Michel Audiard ne tirent pas forcément le meilleur du roman qu’ils ont adapté, mais ils livrent une œuvre sympathique qui se regarde avec beaucoup de plaisir.