Support : 4K Bluray UltraHD
Il y a quelque chose de Capra dans ce personnage farfelu, porté par ses idéaux d’un progrès accessible à tous et tombant sur les obstacles d’un système imperméable à toute mue synonyme de perte de profit immédiat. Tucker, c’est l’image du family man trop parfait, trop idéaliste pour nager parmi les requins, et donc l’écornement du mythe de l’entrepreneur Made in U.S.A.
Le pays qui fait de ses self-made men ses plus grands mythes fondateurs, de Ford à Rockefeller, vient ici mettre des bâtons dans les roues dans un de ces archétypes car jugé trop disruptif pour le statu quo maintenu par les pontes de l’industrie et l'État. Les intérêts du public n’ont finalement que peu de place face aux intérêts du grand capital qui, dans un but de satisfaire les actionnaires, nivelle le progrès vers le bas en biaisant la partie d’entrée de jeu. La promesse est donc rompue, l’échec planifié pour ceux qui voudraient entrer dans la légende sans y avoir été invités. Un constat particulièrement vrai depuis l’après-guerre où les places au sommet sont déjà allouées.
Mais par delà l’histoire réelle de l’entrepreneur, ce qui passionne Coppola ici, c’est l’invention, le rêve, l’ingéniosité. Il base ainsi tout le style de son film sur l’état de l’esprit bouillonnant de Tucker, indéboulonnable. S’enchaînent alors les split-screens sans montage, plaçant deux interlocuteurs d’une conversation téléphonique de part et d’autre d’une paroi, les transitions fluides qui continuent le tracé de l’automobile, et autres variations de couleurs pour coller à l’humeur du protagoniste, du noir et blanc inquiétant de la rencontre avec Howard Hughes à la désaturation lors de moments de crise, en passant par le criard publicitaire des 50s lors des débauches d’optimisme.
La trajectoire de Coppola est en réalité indissociable de celle de Tucker, l’un comme l’autre tentant de bouleverser leur milieu par un apport d’originalité plus ou moins maîtrisée, et se mangeant de pleine face des revers douloureux. Aussi autobiographique que Megalopolis, Tucker : The Man and His Dream est également bien plus digeste et optimiste, car situé à un moment de la carrière du cinéaste qui n’était pas aussi marqué par l’incompréhension et les déboires financiers.