[Mouchoir #5]
L'humour noir des studios Ealing, auquel The Ladykillers appartient, repose en partie sur l'espace ludique qui s'instaure entre public et personnage. C’est là d’où vient la jouissance lorsque ça prend, l’ennui quand certaines scènes ne prennent pas ; et le film de Mackendrick possède les deux versants, notamment grâce/à cause de sa gestion rythmique. Il s’agit de la création d’un monde où l’on joue de manière cynique, mais où l’on joue avant tout. Ici deux thèmes à décliner : la musique et le fantomatique.
Il y a musique quand tout se passe comme prévu. Lors du hold-up¸ musique extra-diégétique dès le départ, le thème du film. Mais le personnage d’Alec Guinness, Marcus, le siffle juste après ; disruption dans notre espace, en dehors du film donc. Marcus entend comme nous la musique. En réalité, c’est l’inverse, c’est nous qui entendons la musique qui se trouve dans la tête de Marcus. Car tout se passe comme prévu en musique, puisque ce gang de voyous s’est travestit en musiciens. En maintenant le déguisement, aucune mésaventure en vue. C’est bien pour cela que les cuts entre les plans tombent sur des mesures musicales, que les portières de voitures claquent sur leur rythme ; mécanique bien huilée.
Plus tard, de la même façon, il y aura fantomatique lorsque tout va mal. Dans le teint de plus en plus livide de Marcus, lors d’une apparition de la vieille femme traitée un instant comme déjà morte, quand un défunt mari donne naissance à un sursaut moral, jusque dans l'espace sonore fait d’échos, de murmures, perdus dans la brume des trains, plus le film se rapproche de son dénouement funèbre.
Ainsi, comme ces allemands du temps du muet, tel Murnau, qui donnaient un sous-titre musical à leurs films, qu’on s’amuse nous aussi : Tueurs de dames. Requiem pour fantômes.
4,5.