Tumultes est un film que j'avais véritablement adoré lorsque je l'avais vu en salles au moment de sortie en 1990. Le genre de rencontre un peu miraculeuse entre un film et un instant T de notre vie qui vient faire battre un peu plus fort à son cœur les images et les émotions qui sont sur l'écran. J'avais acheté l'affiche du film (que je trouve toujours magnifique) et dans cette curieuse habitude que l'on a parfois à se faire mal, j'écoutais souvent pour me démonter le morale le requiem de Luigi Cherubini qui hante la bande originale du film. En tout cas ce film sur le deuil m'avait tout particulièrement et personnellement touché. Le revoir trente cinq ans après offre une lecture bien peu plus distante et apaisée , car si l'émotion pointe encore et toujours (autant pour le souvenir que le film lui même) cette nouvelle vision est bien moins forte que dans mes souvenirs.
Tumultes raconte l'histoire d'une famille qui se retrouve autour de la mort de l'un d'entre eux, le seul fils de la famille. Entre une mère continuant de parler de son fils comme si il était toujours vivant, des sœurs qui longtemps séparées se retrouvent dans ce moment délicat et un père fuyant dans le travail , toutes et tous tentent d'appréhender la douleur à leur façon.
Tumultes reste un joli film sur le deuil même si le revoir m'aura fait grandement relativiser l'amour que je lui portais jadis. Le film du réalisateur belge Bertrand Van Effanterre souffre surtout d'une écriture et d'une direction d'acteurs et d'actrices un peu trop rigide. Les dialogues presque trop littéraire, trop écrits ne sonnent pas toujours juste, vrai et surtout naturel, du coup ils viennent alourdir certains personnages qui finissent par sonner un peu faux. A ce titre le personnage assez froid et peu sympathique d' Anne interprétée par Julie Jézéquel est assez difficile à apprécier tant il semble parfois factice dans sa personnalité comme dans le jeu de la comédienne. On fera le même constat un peu critique devant cette mère de famille contrôlant une forme de folie intérieur en refusant la mort de son fils dans des attitudes pas toujours plausibles et quelques fois exaspérantes forçant une nouvelle fois le jeu de la comédienne Nelly Borgeaud vers l'excès. Fort heureusement le reste du casting et des personnages s'avère bien plus attachant et émouvant et surtout l'évolution globale des personnages entre eux fera que ce noyau familiale se resserrant autour de la douleur contenue du deuil nous offrira de très jolis moments d'intimité et de cinéma. De retour après avoir quitté depuis longtemps le cocon familiale le personnage d'Isabelle interprétée par Clotilde de Bayser va cristalliser la plupart des tensions mais également ressouder les liens de par sa franchise et sa véracité face aux événements. Si une nouvelle fois certaines scènes ne sonnent pas très juste du fait de dialogues qui ne coulent pas de manière très naturelle dans la bouche des interprètes, d'autres sont vraiment touchantes comme lorsque les trois sœurs évoquent leurs souvenirs en marchant sur la plage. Et si l'on parle parfois un peu trop dans Tumultes, les scènes de silence sont elles en contrepartie d'une belle puissance dramatique.
Et puis il y-a dans Tumultes deux personnages qui me touchent plus particulièrement avec le père de famille interprété par Bruno Cremer et la benjamine de la famille interprété par Laure Marsac. Il se dégage de ces deux personnages une forme de douceur mélancolique, comme un refus de céder aux affres trop douloureux du deuil en gardant comme garde fou une distance au monde. Forcément lorsque la carapace va se fissurer dans le silence mais aussi dans les larmes ces personnages se révéleront être sans doute les plus meurtris par la douleur. La douceur presque ingénue de Laure Marsac, son regard profond comme l'océan, sa voix toujours posée et d'une infinie douceur, son regard presque candide sur la famille et l'amour me donnent toujours de délicieux frissons d'émotion. Sans esbroufes la mise en scène de Bertrand Van Effanterre est des plus classique mais on notera tout de même une jolie photographie bleuté et froide signé Yves Angelo et bien sûr l'utilisation du puissant et pesant requiem de Cherubini pour accompagner les cœurs endoloris.
Même si le film a perdu de sa superbe en le revoyant, je garde une vraie tendresse pour Tumultes et pour ces personnages et bien sûr pour quelques uns plus particulièrement. Le film est loin d'être parfait mais à quelques occasions il cerne parfaitement les interrogations du deuil et cette étrange moment de communion des vivants face à la mort.