S'inspirant d'une expérience personnelle Twentynine Palms, le troisième long métrage de Bruno Dumont, est aussi bien une étude sur le couple et ses dysfonctionnements qu'une étonnante topographie du continent nord-américain. Réfutant le traitement dramatique classique au profit de l'exposition le cinéaste livre un édifiant morceau de cinéma essentiellement composé de situations et d'états ; il ausculte l'incommunicabilité régnant au coeur du coupe formé par David Wissak et Katherina Golubeva, mettant en lumière son malaise intrinsèque.
Twentynine Palms reste un film sec, radical et pour le moins déconcertant. En un peu moins de 120 minutes Dumont épure la narration au maximum ; il faudra attendre le dernier quart d'heure pour constater qu'il s'y passe réellement quelque chose... afin que Dumont démontre intelligemment que l'essentiel soit ailleurs que dans ce dénouement proche du grotesque et du grand-guignol. Car c'est dans son extériorité, dans son cadre et dans l'immensité filmée que Twentynine Palms puise sa richesse cinématographique !
On pense aux dispositifs de James Benning et à la violence obscène et clinique du cinéma de Michael Haneke au regard de ce film particulièrement déroutant et audacieux. Une belle proposition artistique, bien qu'un tantinet déséquilibrée compte tenu d'une conclusion délibérément vaine et gratuite...