Coppola a démarré en 2007 une nouvelle carrière d'étudiant en cinéma, se limitant drastiquement en terme de budget. Est sorti de ce retour aux sources trois films que conclus Twixt en 2011.
Dans la petite bourgade sur le déclin des États-Unis arrive un écrivain sur le déclin, Hall Baltimore est un auteur d'un unique chef d’œuvre qui maintenant vivote de récits de sorcières insipides. Il a été invité pour une séance de dédicaces peu fructueuses mais il va vite se rendre compte que la petite ville cache en son sein un mystère des plus intrigants qui pourrait devenir le sujet de son best-seller. Hall Baltimore, aidé par le vieux shérif Bobby Lagrange (j'adore ce nom) et Edgar Allan Poe qu'il croisera dans ses rêves, va donc enquêter sur un meurtre récemment perpétré qui semble lié à une affaire plus ancienne.
Derrière ce soi-disant petit film de série B sur fond d'histoire vampirique se cache un projet bien plus complexe et intime. Intitulé Twixt, signifiant "entre-deux" en anglais, le film ne cesse de se trouver à la frontière, celle du rêve et de la réalité, celle la maladresse et de la maîtrise, celle du polar idiot et du drame inspiré et poétique. Coppola écrit, réalise, dirige avec une forme de virginité, à l'image de la figure fantomatique de V (marquant la rétine), qui reflète aussi bien la liberté, le désir et la soif créative de son auteur que son expérience d'homme de 70 ans et tout ce qui en découle, le deuil, la culpabilité et l'oubli. Esthétiquement unique mais également surréférencés, fait de plans immobiles, de noir et blanc, de filtres criards et d'effets numériques à présent dépassés, Twixt a tout du film qui vous emporte par son étrangeté et sa simplicité visuelle ou qui vous perd complètement dès les dix premières minutes. Tel "la brume sur le lac", qu'il cite textuellement et issue d'une anecdote personnelle, le métrage se veut tour à tour beau et laid, net et flou, intriguant et suranné, sérieux et profondément ludique (ou inversement). Il reste avant tout une œuvre très personnelle, la plus personnelle de son auteur questionnant à la fois sa vie (familiale et professionnelle) et son art dans ce délicieux mélange, fait aussi d'influences diverses, à l'orée du rêve, de l'introspection psychanalytique et de la vision prophétique.