Premier film d'un cascadeur. Sam Hargrave a doublé Chris Evans sur les Marvel, supervisé les cascades de Atomic Blonde et Avengers: Endgame, et il arrive derrière la caméra avec une carte de visite très précise : un faux plan-séquence de onze minutes vingt-neuf au milieu de Dhaka. Le geste n'a ni le projet ni l'effet de ceux de 1917 ou Birdman, et c'est ce qui le rend intéressant.
Onze minutes vingt-neuf, exactement, qui couvrent une course-poursuite en voiture, une autre à pied, une traversée d'immeuble, un combat au couteau et une fusillade. Trente-sept segments distincts, raboutés au montage. Tournage étalé sur dix jours, certains plans à vingt-cinq prises, à Ahmedabad pour Dhaka, sur RED Monstro et Panavision DXL2, avec Hargrave lui-même sanglé à l'avant de camera cars. Le détail le plus parlant : les armes à feu sont interdites au tournage en Inde, donc tout est joué avec des accessoires en caoutchouc et le recul des armes est ajouté numériquement en post-production. Mais le point central est ailleurs : contrairement à Iñárritu ou Mendes, Hargrave ne cache pas ses raccords. Il les laisse lisibles, en whip pans appuyés, en effets numériques qui marquent les transitions. Il ne joue pas la prouesse de l'invisible. Il joue la chorégraphie continue.
C'est exactement ce qu'on peut attendre d'un cascadeur passé à la mise en scène : le plan séquence comme évolution logique d'une grammaire d'action qu'on a longtemps fragmentée au montage. Une autre filiation que celle de Birdman ou 1917 moins l'expérience temporelle, plus le ballet visible. Hargrave reprendra le geste dans Extraction 2 en 2023, sur vingt-et-une minutes et quarante-neuf raccords identifiés.
Le reste du film tient l'attente : action lisible, scénario fonctionnel, Hemsworth en mode bourrin compétent. Mais le oner, lui, mérite d'être pris pour ce qu'il est, pas une révolution, une déclaration de méthode.
J'en parle plus en détail sur mon site : https://www.plan-sequences.com/categories-de-plans-sequences/extraction