J'ai voulu revoir ce film dont j'avais un souvenir assez saisissant, sans me rappeler précisément de quoi il parlait. Je l'ai vu à sa sortie, au cinéma, quand j'avais 7 ans et j'en gardais un sentiment de fascination.
Il faut dire que l'univers graphique est marqué et assez mémorable, les décors sont beaux mais aussi un peu inquiétants, et les personnages ont un chara design assez stylisé, mais aussi un peu dérangeant (dans le bon sens du terme).
Voilà ce que j'ai de positif à dire sur ce film. Pour le reste, je suis restée assez stupéfaite face à toute la misogynie qui nous est servie au cours de ces 1h10 de film. C'est un dessin animé qui a 20 ans (français de surcroît), on ne peut donc pas en attendre un pamphlet féministe, mais celui-ci coche toutes les cases de ce qu'on pouvait faire de plus misogynes à l'époque. Les personnages féminins sont tous des caricatures sexistes, affublés de tous les défauts que l'on peut prêter aux femmes : superficielles (Mona), jalouses (Mimi), dépendantes (U), fourbes et malveillantes (Gummy).
Mais c'est surtout le tournant que prend le film à partir de la moitié qui m'a choquée. La princesse Mona, une chienne constamment objectifiée à l'image (bravo à Elissalde et Solotareff qui nous signent un parfait exemple de ce que décrit Mulvey dans son article dans lequel elle théorise le concept de male gaze) tombe amoureuse de Kulka, le chat beau gosse de la troupe de musicien. Sa meilleure amie U, la licorne présente sur l'affiche du film, souffre de leur amour naissant, tant émotionnellement que physiquement puisque tandis que le lien amoureux s'étoffe, U rapetisse de plus en plus jusqu'à complètement disparaître. Cette disparition, si elle est pleurée par les personnages, est présentée comme un destin inévitable. C'est dans l'ordre des choses. Mona perd donc sa seule et plus chère amie pour un mec qu'elle connaît depuis deux semaines, avec qui elle ne partage rien, et pour qui elle abandonne toute sa vie derrière elle. Happy end.
Tout ceci est raconté comme un passage à l'âge adulte : c'est donc ça grandir, perdre ses amies pour se mettre en couple avec un crasseux et se couper du reste du monde. Mais quelle ANGOISSE. Quelle dangerosité de montrer ça comme acceptable. C'est quoi sinon de la propagande patriarcale ? On apprend aux petites filles que tous leurs espoirs d'avenir, elles doivent les chercher dans les mecs beaux gosse qui jouent du Oasis à la guitare, plutôt que dans les amitiés féminines vieilles de plusieurs dizaines d'années. Que c'est normal de se couper de toutes les personnes qu'on aime pour s'isoler avec un homme qu'on ne connaît pas.
On leur apprend aussi que "Quelque fois on dit non mais on veut dire oui...." (réplique prononcée par le personnage de Mona, quand Kulka s'apprête à l'embrasser). C'est encore plus terrible de faire dire ça à un personnage féminin, car c'est lui mettre dans la bouche des mots qui serviront à la dominer, et à dominer les petites filles qui s'identifieront à elle (à la princesse de l'histoire).
Vraiment on a atteint un sacré pic de sexisme décomplexé dans les années 2000, pitié faites qu'on ne refasse jamais des films pareils.