Ulya
6.3
Ulya

Film de Viesturs Kairiss (2026)

Présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2026, c’est l’une des plus belles découvertes de cette édition. Inspirée de la vie de la légendaire basketteuse lettone Uļjana Semjonova, le film choisit une voie bien plus intime que celle du simple biopic sportif.

Dès les premières images, le noir et blanc somptueux impose une identité visuelle remarquable. Chaque plan semble composé avec une précision d’orfèvre, donnant au récit une dimension presque intemporelle. La photographie sublime les paysages ruraux tout en renforçant le sentiment d’isolement qui habite son héroïne. Mais ce qui impressionne le plus est sans doute la maîtrise de la mise en scène. À plusieurs reprises, des arrière-plans et des contrechamps légèrement floutés viennent troubler notre regard. Ces choix visuels créent une sensation de désorientation particulièrement pertinente, comme si le monde qui entoure Ulya demeurait constamment insaisissable. Ce flou n’est jamais gratuit : il semble traduire l’état intérieur de cette jeune femme, perdue entre plusieurs chemins de vie sans savoir lequel emprunter. Certaines compositions de plans atteignent ainsi une élégance rare, où la beauté de l’image accompagne le récit et les émotions avec une remarquable délicatesse.

Ce qui m’a particulièrement séduit, c’est le regard adopté par le réalisateur. Le film refuse les oppositions simplistes. Il ne prend ni le parti de la famille, attachée à ses traditions et à son éducation stricte, ni celui des institutions soviétiques qui voient en Ulya un phénomène sportif à exploiter. Le récit reste constamment à hauteur de son héroïne. Nous partageons ses doutes, ses peurs et son incompréhension face à un avenir qui semble lui tendre les bras tout en l’éloignant des valeurs qui ont construit son enfance. Cette position d’équilibre est l’une des grandes réussites du film, qui préfère la nuance au jugement.

L’autre grande force du film réside dans son interprétation. Le rôle d’Ulya est incarné par Kārlis Arnolds Avots, un choix de casting particulièrement audacieux. Loin de toute caricature, l’acteur livre une performance d’une immense sensibilité. Il parvient à faire coexister la puissance physique hors norme du personnage et sa profonde fragilité émotionnelle. Son interprétation renforce constamment ce sentiment de décalage vécu par cette adolescente dont le corps exceptionnel attire tous les regards alors qu’elle cherche simplement à comprendre qui elle est.

Avec beaucoup de pudeur et d’humanité, Ulya raconte finalement l’histoire d’une femme que tout le monde observe mais que peu de personnes prennent réellement le temps de comprendre. Sa taille exceptionnelle devient autant une chance qu’un fardeau. Le film aborde avec une grande justesse les thèmes de la différence, de l’identité, de la liberté et du regard porté sur ceux qui sortent des normes.

Rarement un film biographique m’aura autant touché par sa sensibilité et sa maîtrise formelle. J’aurais sincèrement aimé voir Ulya repartir du Festival de Cannes 2026 avec une récompense tant sa proposition artistique est forte, élégante et profondément humaine. Une œuvre d’une beauté saisissante, portée par une mise en scène inspirée et une interprétation remarquable, qui mérite sans aucun doute de trouver son public

AngeleBacci
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le 4 juin 2026

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Angèle Bacci

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