Film d’évasion tiré d’une histoire vraie, le suspens et la réussite d’Un condamné à mort s’est échappé tient à sa simplicité. Un cadre unique, une intrigue unique, une musique unique à tout le film qui ne revient que peu et symboliquement au début et à la fin ( le Kyrie de la Messe en Ut de W.A Mozart ), avec son film, Robert Bresson nous captive par l’essentiel. Titre équivoque, l’oeuvre raconte l’histoire du lieutenant Fontaine, capturé par les allemands, jusqu’à son issue héroïque.Si le silence peut peser durant ces 1h39, c’est sans compter sur cette voix off qui sait le chasser; voix off avec laquelle on suit l’odyssée du condamné. Douce et narrative, elle nous informe de l’atmosphère intérieure de cet unique personnage principal, et par ses réflexions, ses peurs et ses espoirs contés, on ne peut que rentrer en lui et faire corps avec ses ressentis.Si le côté littéraire neutre de cette voix off ne fait pas forcément pléonasme avec les images et la mise en scène - sans pour autant en être dissociable-, elle prouve que dans ce film où l’action visuelle est moindre, tout se passe au niveau de l’écoute. En effet, s’il nous arrive par habitude de négliger malgré nous le travail d’écoute au cinéma, Bresson nous démontre dans ce film qu’il est des plus importants. Ainsi, les dialogues, réduits à l’essentiel, n’en restent pas moins significatifs et notables : le film traite d’évasion, de liberté, et cette dernière commence dès les premiers dialogues, dès les premiers sons de clé ou de menottes. Entre ces évocations sonores de liberté mais aussi la retranscription de l’oppression et de suspens par les différents bruitages ( les planches grattées, les bruits de pas... ), aucun son n’est laissé au hasard ; au contraire, ces derniers sont primordiaux, et aussi minutieux que l’action qu’est une évasion. Le hors-champ est particulièrement mis en valeur, appuyant d’autant plus sur notre concentration auditive, en prouvent des séquences comme celle où le héros assomme un garde au moment même où le train passe.
Monotonie des dialogues et multiplicité des sons du quotidien ou de l’action, Robert Bresson pousse une grammaire sonore au premier plan qui traduit toute l’idée et le suspens de son long métrage.Sobre et pourtant détaillé, le réalisateur offre un film tout aussi complet qu’épuré, où, angoissé comme notre héros, plus encore qu’entendre, on se surprend à écouter tout ce qu’il se passe afin de ne pas louper une seule miette de la compréhension visuelle et des stratagèmes de l’échappée de notre condamné. Humain, authentique, même poétique, Un condamné à mort s’est échappé, par son minimalisme, rends l’épopée de Fontaine d’autant plus percutante.