"Un drôle de dimanche" est une comédie de Marc Allégret. Ce réalisateur ("entrée des artistes") ne doit pas être confondu avec son frère Yves dont les films sont plus mordants ou piquants ("une si jolie plage", "les orgueilleux") ; Marc Allégret a toujours plus ou moins fonctionné dans le vaudeville voire la comédie sympathique. Mais ici, on est à la limite du vaudeville car il y ajoute une connotation dramatique.
Et justement, c'est le point qui ne fonctionne pas très bien …
Rembobinons :
A la Libération, Jean (Bourvil), officier, rencontre Catherine (Danielle Darrieux) fortuitement et c'est le coup de foudre puis le mariage. Mais, rapidement, Catherine s'ennuie et rêve de grand luxe, de voyages que ne peut assurer son mari. Elle le quitte. Lui, malheureux et fou d'amour s'investit dans un boulot de publicitaire. Ils se retrouvent par hasard cinq ans plus tard…
La base du scénario ainsi exprimée peut conduire à un grand film. À condition de prendre un cap et de s'y tenir. Or le film "un drôle de dimanche" ne cesse d'osciller entre plusieurs genres comme si le cinéaste hésitait et ne voulait pas faire trop de vagues ou encore voulait aborder plusieurs options avant de se décider. A la fin, non seulement on n'est pas convaincu du tout, mais on est, en plus, vaguement déçu. Le film reste bancal avec des personnages insuffisamment définis.
Reste le casting exceptionnel. Enfin, entendons-nous, "exceptionnel" pour moi, car le film est un concentré d'acteurs que j'aime bien.
D'abord, Bourvil, le mari cocu, le publicitaire génial, qui est fondamentalement gentil. Parfaitement crédible dans le rôle de l'homme aveuglé par l'amour. Car dès le départ, il est assez visible qu'il y a "tromperie sur la marchandise". Mais c'est un faible, incorrigiblement faible qui sait mais refuse de voir. Et puis, Bourvil peut jouer n'importe quoi, c'est toujours excellent (pour moi) …
Puis Danielle Darrieux, excellente dans son rôle de salope qui joue et qui gagne. C'est vrai aussi que sa voix dans la chanson "le temps d'aimer" est sublime. Et que les hommes sont bien assez cons pour tomber sous le charme… Et que je fais partie de ces gens qui adorent cette actrice, quel que soit le film où elle exerce ses talents, jeune ou plus âgée …
Mais le reste du casting ne démérite pas :
Arletty en professeur de théâtre et indéfectible amie de Bourvil, avec sa gouaille et son parler parisien.
Une curiosité, c'est Jean-Paul Belmondo, mignon tout plein, dans un de ses premiers rôles au cinéma où il est trompettiste et amoureux de la fille du professeur de théâtre.
Roger Hanin dans un superbe rôle de lâche ; c'est lui, ami de Jean (Bourvil) qui lui a piqué sa femme (si tant est que ce ne soit pas elle qui l'ait manipulé mais l'histoire ne le dit pas)
Et puis Jean Carmet, Jean Lefebvre et Fernand Sardou.
Au final, je vais mettre 6 mais c'est uniquement pour le casting, Danielle Darrieux et sa voix sensuelle, Bourvil pour son jeu pathétique mais digne … En faisant un petit effort pour oublier le scénario pas terrible.