Le début du film avec ses multiples plans rapprochés sur des choses aussi disparates que des insectes, le ciel, une gouttière ou encore la terre, assorti d’une bande sonore assez angoissante, peut faire peur. En tout cas, on nous donne l’impression d’entrer dans, au choix, un rêve ou un cauchemar. La toute fin avec son décès qui nous fait douter sur la véracité et l’objectivité de tout ce que l’on a vu avant confirme cette impression d’onirisme, de moments fantasmés et donc d’une ligne de flottaison entre le songe rêveur ou cauchemardesque. Cet aspect n’est pas ce qui plaît le plus dans « Un jour avec mon père ». On commence d’une manière étrange et on finit sur une note ambiguë pas vraiment nécessaire. Mais il serait dommage de circonscrire notre impression à ces cinq à dix minutes max car dans ce qu’il y a entre deux, le film nous convainc le plus souvent.
Ce premier film que l’on sent largement autobiographique, comme une lettre d’amour d’un fils à son père, dégage quelque chose de rare et de précieux sur bien des aspects. Déjà, tout concourt à le rendre original. D’abord, sa nationalité cinématographique est extrêmement rare sur les écrans de cinéma occidentaux; il est en effet assez inédit de voir une œuvre produite et tournée au Nigéria, un pays qui produit pourtant beaucoup de films à la manière de l’Inde et son Bollywood. En outre, le film se déroule sur une seule journée dans un laps de temps bien précis : le jour du résultat des élections en 1993. Tout cela rend « Un jour avec mon père » aussi exotique qu’intéressant. Tout n’est cependant pas parfait, il y a quelques longueurs et un gros déséquilibre dans ce récit initiatique à hauteur d’enfant. En effet, les scènes très réussies et magnétiques se heurtent à d’autres beaucoup moins plaisantes ou trop longues (celle de la plage par exemple).
Ceci mis de côté, les jeunes acteurs non professionnels et celui qui joue leur père sont d’un naturel incontestable. Le grain de l’image et la manière de filmer la ville tentaculaire de Lagos donne un joli cachet à « Un jour avec mon père ». On y voit la fascination et l’amour de ses deux gamins pour leur père tandis que dans le monde d’adulte se passe des choses bien plus graves (la junte militaire, le manque d’argent du père, la maîtresse, ...). Et on ressent ce côté oppressant et crépusculaire au sein de cette chronique autant que les enfants. Une chronique pleine de moments touchants, de moments forts et de moments plus en apesanteur. Les très nombreux plans de coupe durant le film sont peut-être de trop, frôlant le maniéré, et cette volonté d’onirisme mystérieux n’était peut-être pas la meilleure des idées mais le film demeure assez peu commun, original et maîtrisé pour mériter plus qu’un coup d’œil.
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